Par , publié le 23 octobre 2020

Au printemps 2019, l’heure semblait grave pour Tesla: de lourdes pertes, des ennuis avec le gendarme boursier américain et des investisseurs de plus en plus sceptiques. Mais un an et demi plus tard, le constructeur américain de voitures électriques ne s’est jamais aussi bien porté. Mercredi, il a publié les plus importants profits de son histoire, dépassant très nettement les prévisions. Il enchaîne ainsi un cinquième trimestre consécutif dans le vert, ce qui devrait lui permettre d’être rentable sur l’ensemble de l’année – une première. En Bourse, la société vaut désormais près de 400 milliards de dollars, dix fois plus qu’il y a un an et demi. Et deux fois plus que Toyota.

Droits à polluer – Derrière la nette amélioration des finances de Tesla, se cachent d’abord les crédits carbone. Cette pratique consiste à revendre des droits à polluer aux autres constructeurs automobiles, leur permettant de respecter les normes sur les émissions de CO2. Et ainsi d’éviter de payer de lourdes amendes. Elle s’est d’abord développée aux Etats-Unis, avant de gagner l’Europe où des normes plus drastiques vont entrer en vigueur en 2021. Le groupe Fiat Chrysler va verser, par exemple, 1,8 milliard d’euros sur trois ans à Tesla. Au troisième trimestre, le fabricant électrique a généré 397 millions de recettes grâce aux crédits carbone, une multiplication par trois par rapport à 2019.

Rentabilité en trompe-l’œil ? – Ce chiffre est à comparer à un bénéfice net de 331 millions de dollars. Autrement dit: sans cette pratique, Tesla n’aurait pas été rentable au troisième trimestre. Le constat est le même pour trois des quatre autres trimestres conclus dans le vert. Sur cette période de 15 mois, le constructeur affiche 699 millions de dollars de profits. En l’absence de crédits carbone, il aurait perdu 747 millions. Une rentabilité en trompe-l’œil, dénoncent certains analystes, qui menace de s’effondrer lorsque les autres constructeurs, convertis à l’électrique, n’auront plus besoin d’acheter des droits à polluer. Mais en attendant, cette manne financière permet à Tesla de financer ses investissements.

Bond de la marge brute – Si les crédits carbone ont joué un rôle essentiel, le constructeur américain n’aurait cependant pas pu devenir rentable sans de meilleures performances opérationnelles. En ne prenant pas en compte les droits à polluer, sa marge brute a en effet bondi de 7 points au cours des cinq derniers trimestres. Cela s’explique en partie par une hausse des volumes, qui permet d’amortir davantage les coûts fixes. Au troisième trimestre, Tesla a livré 139.300 véhicules, un record. Autre source d’amélioration: des baisses de coûts dans la production, en particulier grâce à la montée en cadence réalisée dans l’usine ouverte en 2019 à Shanghai.

Pour aller plus loin:
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