Pourquoi le rachat d’Arm par Nvidia est dans l’impasse

Par , publié le 23 novembre 2021

Si Nvidia reste officiellement optimiste, le rachat d’Arm Holdings apparaît bien compromis. La semaine dernière, le géant américain des processeurs graphiques a fait part des “doutes” émis par la Federal Trade Commission, le gendarme américain de la concurrence. Quelques jours plus tôt, les autorités britanniques avaient ouvert des investigations approfondies, faute d’avoir obtenu les garanties suffisantes lors de leur enquête préliminaire. À Bruxelles, cette opération est également examinée par la Commission européenne, pas plus satisfaite que Londres des engagements pris par Nvidia. En Chine, aucune procédure n’a encore été ouverte, mais le régime suit le dossier de près.

Architecture archi-dominante – L’inquiétude des régulateurs s’explique par le rôle central joué par Arm. La société britannique est spécialisée dans les systèmes sur puce (SoC), des circuits intégrés qui rassemblent différents éléments (processeur central, processeur graphique, puce Wifi…). Mais elle ne fabrique rien: elle vend des licences sur ses technologies. Apple, Qualcomm, Samsung ou encore Nvidia utilisent son architecture. En quelques années, celle-ci est devenue archi-dominante sur le marché des smartphones et tablettes, en particulier grâce à sa faible consommation d’énergie. L’essor attendu de la 5G et de l’Internet des objets doit encore renforcer sa position prépondérante.

Accès équitable – En tombant dans l’escarcelle de Nvidia, Arm pourrait perdre son statut d’acteur neutre, ne discriminant aucun fabricant de semi-conducteurs. C’est en tout cas les craintes exprimées par plusieurs de ses clients. Devant les autorités de la concurrence, Nvidia s’est engagé à leur garantir un accès équitable aux technologies du groupe britannique. Sans convaincre pour le moment. L’opération fait peser un autre risque: elle pourrait permettre au géant américain de se retrouver en position de force pour gagner de nouveaux marchés, comme les data centers et l’automobile. En Chine, le gouvernement ne souhaite, par ailleurs, pas voir l’architecture Arm passer sous pavillon américain.

Et ensuite ? – Pour Nvidia, la marge de manœuvre semble désormais très étroite. La société peut encore offrir de nouvelles concessions, par exemple en plaçant les brevets de sa cible sous le contrôle d’une entité indépendante. En cas d’échec du rachat, la question de l’avenir d’Arm se posera à nouveau. Son propriétaire, le conglomérat japonais Softbank, souhaite en effet s’en séparer, estimant que ses performances financières ne sont pas suffisantes. Mais il sera très difficile de trouver un autre acheteur capable de payer le prix demandé et d’obtenir l’aval des régulateurs. Une introduction en Bourse apparaît donc comme l’hypothèse la plus probable.

Pour aller plus loin:
– La Chine menace le rachat d’Arm par Nvidia
– Face à Intel, TSMC va investir plus de 100 milliards de dollars

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