Par , publié le 10 janvier 2023

Cela devait être un événement historique. Pour la première fois, des satellites devaient être placés en orbite depuis l’Europe occidentale. Mais la mission partie de Newquay, au Sud Ouest du Royaume-Uni et menée par Virgin Orbit, a échoué lundi soir. La société du milliardaire britannique Richard Branson évoque simplement une “anomalie” dans l’une des dernières phases, ayant empêché sa fusée d’atteindre l’orbite de 555 kilomètres à laquelle elle devait déployer neuf petits satellites. Après quatre missions réussies aux États-Unis, ce revers représente un contretemps majeur, lourdement sanctionné à Wall Street, pour Virgin Orbit, qui ne parvenait déjà pas à tenir ses objectifs de cadence de lancements.

Lancement depuis un 747 – Virgin Orbit se distingue par sa méthode de lancement. Ses fusées LauncherOne ne décollent en effet pas verticalement depuis un pas de tir. Elles sont fixées sous l’aile d’un Boeing 747 modifié, baptisé Cosmic Girl. Puis, larguées à une altitude d’environ 10.000 mètres. Sur le marché des petits satellites, ce modèle doit lui procurer plusieurs avantages. Virgin Orbit pourra d’abord procéder à des lancements partout dans le monde depuis une simple piste, simplifiant grandement une logistique parfois complexe. Cela doit permettre d’éviter l’embouteillage des pas de tir et de limiter les retards liés aux conditions météorologiques. À terme, la société promet également de proposer des tarifs plus compétitifs que ses rivales.

Concurrence – Virgin Orbit revendique plusieurs clients majeurs, dont la nouvelle Space Force américaine et l’armée de l’air britannique. Elle espère prendre de court ses rivales sur un marché qui s’annonce prometteur, alors que l’accès à l’espace a été démocratisé par les progrès technologiques et par la chute des coûts. Jusqu’à 2.000 petits satellites pourraient être lancés chaque année pour répondre aux besoins de communication et d’imagerie. Le marché se répartit aujourd’hui entre SpaceX, qui transporte ces appareils en tant que charge utile secondaire, et Rocket Lab, avec son mini-lanceur Electron. De nombreuses start-up, dont Blue Origin, lancée par Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, développent également des fusées.

Retards – Depuis sa création en 2017, Virgin Orbit accumule les retards. En 2020, son premier vol d’essai avait échoué, à cause d’une anomalie lors de l’allumage des moteurs. Touchée par l’épidémie du coronavirus au sein de ses équipes d’ingénieurs, l’entreprise avait dû repousser sa deuxième tentative, qui n’avait finalement eu lieu qu’en janvier 2021. Depuis, elle ne parvient pas à passer à la vitesse supérieure. L’an passé, elle n’a mené que deux missions, contre une prévision initiale allant de quatre à six. Son objectif d’au moins six lancements en 2023 pourrait désormais être remis en cause. En attendant, sa trésorerie fond rapidement. Fin septembre, elle ne s’élevait plus qu’à 71 millions de dollars, contre 194 millions neuf mois plus tôt.

Pour aller plus loin:
– Après le crash de son lanceur, Blue Origin est à l’arrêt
– L’espace, nouvelle frontière de la French Tech


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