Cinquante mots, pas un de plus. Vendredi, dans un communiqué commun laconique, Microsoft et OpenAI ont indiqué avoir signé un “protocole d’accord non contraignant pour la prochaine phase de [leur] partenariat”, précisant travailler “activement” pour le finaliser. En clair, les deux entreprises négocient les derniers détails de leur future relation, à la fois capitalistique et commerciale. Une sorte de divorce à l’amiable pour mettre fin à cinq années de relation exclusive, longtemps considérée comme “gagnante-gagnante”. Mais dans un climat de tensions croissantes, les discussions s’enlisent depuis des mois. L’enjeu est primordial pour le concepteur de ChatGPT: il a besoin de l’aval du géant de Redmond, son premier actionnaire, pour mener à bien un changement de structure juridique d’ici à la fin de l’année. Un échec pourrait lui coûter très cher.
Profits pour Microsoft – L’histoire entre OpenAI et Microsoft débute en 2019. À l’époque, le premier n’est encore qu’un laboratoire de recherche financé par quelques grands noms de la Silicon Valley. Face à ses besoins de capitaux, il se tourne alors vers Microsoft, qui injecte en cinq ans environ 13 milliards de dollars dans une filiale à “but lucratif plafonné”, contrôlée par un conseil d’administration à but non lucratif. En échange, l’éditeur de Windows obtient le droit de percevoir 75% puis 49% des futurs profits d’OpenAI jusqu’à un certain montant, non connu – au-delà, presque tous les bénéfices doivent revenir à la structure caritative. Microsoft est aussi autorisé à utiliser les technologies de la start-up dans ses produits. Et il détient la distribution exclusive des API (qui permettent d’intégrer des modèles d’IA dans des applications) dans le cloud.
Promesse – Cet accord a longtemps été bénéfique pour OpenAI, qui a obtenu des liquidités et de la puissance de calcul. Mais il représente aujourd’hui une menace. La structure hybride empêche en effet l’arrivée de nouveaux investisseurs, qui n’ont aucun moyen de générer des plus-values. Et elle complique grandement une potentielle introduction en Bourse. Or, la start-up a besoin de sommes considérables pour financer ses ambitieux projets. Lors de ses dernières levées de fonds, elle s’est donc engagée à changer de statut juridique pour devenir une “public benefit corporation”, une entreprise à but lucratif qui n’a pas pour unique obligation légale de maximiser la valeur pour ses actionnaires. Initialement, elle souhaitait aussi remettre en cause le contrôle de sa société commerciale par sa structure non lucrative, mais elle a dû reculer sous la pression des régulateurs.
Le temps presse – Pour mener à bien cette transition, OpenAI doit convaincre Microsoft de renoncer à sa part des profits. La start-up lui propose en échange de lui céder un partie du capital de la nouvelle entité commerciale – une participation valorisée à 100 milliards de dollars est évoquée. En position de force, son partenaire réclame aussi l’abandon, ou au moins une modification, d’une clause de sortie qui permet à OpenAI de lui couper l’accès à ses technologies quand elle atteindra une intelligence artificielle générale, c’est-à-dire capable d’apprendre seule. Le temps presse. Faute d’accord avant la fin de l’année, la société pourrait ne pas recevoir les 20 milliards de dollars promis en mars par Softbank. À terme, elle pourrait aussi avoir à rembourser les 20 milliards déjà perçus, ainsi que 6,5 milliards reçus lors d’une précédente levée de fonds.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi les relations le torchon brûle entre OpenAI et Microsoft
– OpenAI signe avec Oracle un contrat à 300 milliards de dollars

