Au cœur d’un imbroglio en mars, le procès aura bien lieu. Lundi, Amazon a retrouvé la Federal Trade Commission devant un tribunal de Seattle. Le géant du commerce en ligne est accusé par le gendarme américain de la concurrence d’avoir “trompé” des millions de consommateurs en les incitant à s’inscrire à son service Prime “à leur insu”. Et d’avoir mis en place un parcours complexe pour annuler cet abonnement payant. Au terme de quatre semaines d’audience, il risque non seulement une sanction financière supérieure à un milliard de dollars, mais aussi une obligation de modifier ses pratiques. Pour sa défense, Amazon souligne que le taux de renouvellement de Prime est particulièrement élevé – autour de 95%, selon les estimations –, symbole de la “valeur” de son offre. Une potentielle condamnation ne devrait ainsi avoir qu’un impact limité sur son activité.
75% des achats – Lancé en 2005, Prime permet d’abord de bénéficier de la livraison gratuite en deux jours ouvrés (un jour en France). Depuis, d’autres services ont été ajoutés pour attirer de nouveaux clients: diffusion d’événements sportifs, catalogue de films et séries en streaming… Le service compterait plus de 220 millions d’abonnés, dont une majorité aux États-Unis. Au fil des ans, il est devenu un pilier de la stratégie de développement d’Amazon. La livraison gratuite incite en effet les clients à acheter davantage en ligne pour rentabiliser leur abonnement. Et elle les fidélise: en commandant sur un autre site marchand, ils pourraient avoir à payer des frais de port. Les abonnés Prime dépensent ainsi en moyenne deux fois plus que les non-abonnés, et représentent 75% des achats, souligne le cabinet Consumer Intelligence Research Partners.
Interfaces trompeuses – La FTC, aussi chargée de protéger les consommateurs, accuse qu’Amazon d’avoir enfreint une réglementation américaine votée en 2010. Elle lui reproche d’avoir mis en place des interfaces trompeuses (dark patterns) pendant le processus d’achat. Par exemple, un gros bouton jaune permettant de finaliser une transaction tout en souscrivant à l’offre d’essai de Prime, tandis que l’alternative est présentée avec un simple lien, bien moins visible. Le régulateur dénonce également les obstacles mis en place pour se désabonner. Un véritable “labyrinthe”, selon lui, de quatre pages, six clics et quinze options différentes. La semaine dernière, le juge a déjà donné raison à la FTC sur un point: il a estimé qu’Amazon n’a pas respecté la loi en collectant les coordonnées bancaires des futurs abonnés avant d’afficher les conditions d’abonnement.
Procès antitrust – La procédure contre Prime a été initiée en 2023, sous la direction de Lina Khan, connue pour ses positions fermes contre le groupe de Seattle. La FTC ne l’a pas abandonnée malgré l’arrivée au pouvoir de l’administration Trump, que les géants de la tech pensaient plus conciliante. Mais cet espoir ne s’est pas concrétisé. Le gendarme de la concurrence poursuit ainsi la procédure antitrust ouverte contre Amazon, accusé d’avoir instauré un “monopole illégal” dans le commerce en ligne. Il lui reproche en particulier d’interdire implicitement aux vendeurs de sa marketplace d’offrir des tarifs plus bas sur leur propre site ou sur d’autres plateformes, empêchant ainsi l’émergence de véritables rivaux, capables de le court-circuiter sur les prix. Le procès doit s’ouvrir en février 2027, avant de déterminer de potentielles mesures correctives.
Pour aller plus loin:
– Accusé de monopole “illégal”, Amazon n’échappera pas à un procès aux États-Unis
– Comment un algorithme secret a rapporté un milliard de dollars à Amazon

