Par , publié le 29 septembre 2025

La demande est inhabituelle, mais elle s’inscrit dans la logique de confrontation suivie par Apple depuis l’entrée en vigueur du Digital Markets Act européen l’an passé. La semaine dernière, le groupe à la pomme a réclamé l’abrogation de cette législation qui vise à renforcer la concurrence dans le numérique, dans le cadre d’une consultation publique ouverte par la Commission. Bruxelles a répondu sèchement, assurant qu’il n’était pas question de revenir en arrière. “Nous ne sommes pas surpris: Apple a contesté tous les éléments du DMA depuis son entrée en vigueur”, a réagi un porte-parole des Vingt-Sept. Cette nouvelle passe d’armes traduit une rupture du dialogue entre les deux camps. Elle intervient à un moment charnière, alors que plusieurs décisions clés doivent tomber. Et elle risque d’attiser des tensions géopolitiques déjà vives avec Washington.

Délais – Les arguments avancés par Apple ne sont pas nouveaux. Le géant de Cupertino se plaint de règles dont l’interprétation évolue sans cesse. Il regrette de devoir partager “gratuitement” ses technologies avec ses rivaux. Il affirme aussi que ses utilisateurs sont exposés à des risques supplémentaires, notamment parce que le DMA permet de télécharger des applications sans passer par ses propres boutiques d’applications. Et il assure ne pas avoir d’autre choix que de repousser le lancement de fonctionnalités sur le continent. Dernier exemple: la traduction automatique depuis ses nouveaux écouteurs AirPods. Selon Apple, le DMA impose que cette fonctionnalité soit compatible avec les autres écouteurs du marché, ce qui crée des “défis qui prennent du temps à régler”. L’an passé déjà, le lancement de ses outils d’IA, Apple Intelligence, avait été reporté.

Arrière-pensée politique – Cette communication virulente ressemble à une volonté de prendre à témoin l’opinion publique européenne, contre un texte qu’Apple n’a cessé de dénoncer. La société se présente en grand défenseur de ses utilisateurs, alors qu’elle cherche avant tout à préserver ses profits, menacés notamment par l’arrivée de boutiques tierces d’applications sur iOS. Depuis le départ, elle n’a jamais cherché à respecter le DMA, mais simplement à s’engouffrer dans ses failles. Les arguments sur les risques d’interopérabilité sonnent ainsi comme des prétextes pour maintenir un écosystème fermé, à l’image des dangers autrefois brandis autour de l’accès à la puce NFC. À cela s’ajoute une arrière-pensée politique: nourrir l’opposition de l’administration Trump contre le DMA et le DSA, accusés de frapper injustement les géants américains de la tech.

Amende journalière – Le timing d’Apple n’est pas anodin. En coulisses, plusieurs entreprises réclament que la Commission ne soit plus chargée de faire appliquer le DMA, au profit d’un organisme indépendant jugé plus impartial. Parallèlement, Bruxelles finalise l’examen des changements annoncés par Apple suite à sa condamnation en avril à une amende de 500 millions d’euros, dans le cadre d’une procédure sur le steering (redirection depuis une application pour effectuer un achat sans passer par le système de paiement d’Apple). Comme révélé par Cafétech, ces ajustements sont très loin des attentes de l’exécutif européen, qui pourrait donc lui infliger une amende pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros par jour. Dans les prochains mois, un autre dossier s’annonce explosif: la nouvelle structure de commissions imposée pour les boutiques tierces d’applications.

Pour aller plus loin:
La virgule qui va faire perdre des milliards à Apple
– Après une opération de communication, Apple lancer ses fonctionnalités d’IA en Europe


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