La French Tech n’est pas encore coincée dans une boucle temporelle à Punxsutawney. Mais sa rentrée 2025 ressemble à s’y méprendre à celle de 2024. Non seulement la reprise des levées de fonds n’en finit plus de se faire attendre, malgré le spectaculaire essor de l’intelligence artificielle générative. Mais les entrepreneurs et investisseurs se retrouvent aussi devant les mêmes incertitudes politiques qu’il y a un an, avec un premier ministre qui n’a toujours pas nommé son gouvernement. Et d’immenses doutes sur les contours du futur budget, qui ravivent la crainte de mesures jugées désastreuses pour les start-up. “À un moment la résilience n’est pas infinie, prévient Maya Noël, la directrice générale de France Digitale. Tout repose sur la confiance. Or, la confiance met du temps à se construire, mais peut être détruite très rapidement”.
Au plus depuis 2020 – Dans son baromètre annuel publié mi-septembre, le lobby des start-up et des fonds d’investissement se veut encore positif. Il met en avant les 50.000 emplois créés en un an, ainsi que la croissance moyenne de 16% du chiffre d’affaires. Mais il constate de premiers signes de ralentissement, notamment sur le nombre de créations nettes de start-up. Surtout, le repli des levées de fonds se poursuit: 2,8 milliards d’euros au premier semestre, une baisse de 35% qui les ramènent à leur plus bas niveau depuis 2020. Cette chute, dont l’ampleur au second semestre sera atténuée par le tour de table record de Mistral AI, est principalement alimentée par la quasi-disparition des méga-levées de fonds. Elle touche cependant l’ensemble de l’écosystème, alors que les fonds se montrent plus attentistes, privilégiant les start-up déjà présentes dans leur portefeuille.
“Oubliez les IPO” – “Les fondamentaux restent solides”, assure Maya Noël, qui attribue les difficultés actuelles au contexte économique et politique. “Il y a 15 ans, créer une start-up comme Mistral aurait été impossible”, poursuit-elle. La French Tech a en effet réussi à se faire une (petite) place dans l’IA générative, après avoir complément raté le virage du cloud. “Un cran plus loin dans le cercle vertueux des start-up”, affirme la responsable. Mais ce cercle est encore loin d’être bouclé. Il me manque un dernier élément: les sorties (entrées en Bourse ou rachats), indispensables pour pérenniser l’écosystème sur le long terme. Sur ce front, aucune amélioration n’a eu lieu. Au contraire, “les perspectives se dégradent”, note le baromètre de France Digitale. “La French Tech doit oublier les introductions en Bourse”, dégaine ainsi un bon connaisseur du secteur.
La fin d’une ère ? – Déjà fragilisée, la French Tech redoute payer les impératifs budgétaires. Le mois dernier, lors du FD Day de France Digitale, un sujet était sur toutes les lèvres: la taxe Zucman. L’an passé, c’était la fin du crédit d’impôt innovation et la suppression de l’exonération des charges patronales pour les “jeunes entreprises innovantes”. Après un lobbying intensif, ces mesures avaient disparu du budget définitif, mais les deux dispositifs avaient tout de même été rabotés. L’intense opération de communication menée ces dernières semaines contre la création de cet impôt sur les plus grandes fortunes témoigne de la fin d’une ère, celle d’une “start-up nation” chouchoutée par un gouvernement qui ne cessait d’utiliser ses réussites comme un argument électoral. Et peut-être le début d’une nouvelle phase, marquée par un soutien public bien moins généreux.
Pour aller plus loin:
– Une attaque “délibérée” contre les start-up: la French Tech entre dans une nouvelle ère
– Pourquoi les fonds de capital-risque ne séduisent plus les investisseurs

