Pour assurer la pérennité financière de Kyutai, son directeur Patrick Perez évoquait récemment la piste de l’essaimage – la création de sociétés indépendantes chargées de commercialiser les technologies prometteuses issues des recherches du laboratoire en intelligence artificielle générative. Mardi, la naissance d’un premier spin-off a été officialisée. Son nom: Gradium. Sa spécialité: les modèles de langage audio, conçus pour permettre des interactions vocales plus naturelles.
Lancée très discrètement en septembre, la start-up annonce parallèlement une levée de fonds en amorçage de 60 millions d’euros. Une part significative de ce financement provient de Xavier Niel, le fondateur de Free, Rodolphe Saadé, le patron de CMA CGM, et Eric Schmidt, l’ancien directeur général de Google – les trois mécènes qui soutiennent déjà Kyutai. Le laboratoire conserve une fraction, non précisée, du capital, qui doit lui permettre, à terme, de financer une partie de ses futurs travaux de recherche.
Potentiel “largement inexploité”
Fondée par trois des cinq chercheurs à l’origine de Kyutai, Gradium compte une dizaine d’employés, dont des anciens de Google et de Meta. La start-up revendique déjà quelques clients dans le service client et l’industrie du jeu vidéo. Ses modèles, disponibles en cinq langues, ont été conçus à partir des outils open source développés par son vaisseau amiral. Il s’agit notamment de Moshi, une IA conversationnelle sans tour de parole imposé, c’est-à-dire pouvant interrompre son interlocuteur comme dans une discussion naturelle.
Le marché de l’IA vocale compte de nombreux acteurs, mais “le potentiel reste largement inexploité”, affirme Neil Zeghidour, à l’image des chatbots avant les grands modèles de langage. Le directeur général de Gradium évoque des modèles “fragiles, coûteux et incapables d’offrir des interactions réellement naturelles”. Il met en avant la faible latence de ses services et une politique tarifaire “qui rend enfin possible” un déploiement “à grande échelle”. La start-up espère par ailleurs continuer à bénéficier des avancées de Kyutai.
Pour aller plus loin:
– Les ambitions de Kyutai, le laboratoire d’IA financé par Xavier Niel
– Après les turbulences, H veut passer à la vitesse supérieure

