Le lobbying de Jensen Huang auprès de la Maison-Blanche a fini par porter ses fruits. Nvidia va de nouveau être autorisé à exporter vers la Chine ses GPU dédiés à l’intelligence artificielle générative – à condition, toutefois, que les promesses de Donald Trump se concrétisent réellement, contrairement à cet été. Le groupe de Santa Clara pourra même y commercialiser des modèles nettement plus puissants que ceux qu’il pouvait vendre en début d’année. En échange, il versera 25% du montant de ces exportations au gouvernement américain.
Une inconnue demeure: le régime chinois autorisera-t-il ses entreprises à se fournir chez Nvidia, après leur avoir ordonné en septembre de ne plus utiliser de cartes graphiques américaines ? “Je n’en ai aucune idée”, reconnaît Jensen Huang. Le patron de l’entreprise se veut cependant optimiste. Selon lui, ce que Pékin refuse avant tout, ce sont des “puces dégradées”, comme les modèles précédemment disponibles sur le marché chinois. D’après le Financial Times, tout achat sera néanmoins soumis à une autorisation et devra être justifié.
Avant-dernière génération
Concrètement, Nvidia sera autorisé à commercialiser ses H200, officiellement lancées au printemps 2024, mais seulement auprès d’acheteurs “approuvés” par Washington. S’il ne s’agit pas de la toute dernière architecture Blackwell, ces puces restent très performantes pour l’entraînement comme pour l’inférence de modèles avancés d’IA. Elles sont aussi nettement supérieures aux GPU H20, vendus jusqu’en avril en Chine et spécifiquement conçus pour respecter les seuils de puissance imposés par l’administration américaine.
Surtout, les H200 conservent une nette longueur d’avance sur les puces chinoises conçues par Huawei, Alibaba ou Baidu, proches des H20. Pékin avait jusqu’ici tout intérêt à bannir Nvidia afin de favoriser l’émergence d’alternatives locales. Mais l’écart de performance apparaît désormais trop important pour être ignoré. L’accès à ces GPU permettrait aux groupes chinois de combiner cette puissance supplémentaire avec leurs avancées en matière d’entraînement, afin de développer des modèles capables de rivaliser, voire de dépasser, les modèles américains.
Nvidia redoute la concurrence chinoise
Le revirement américain représente une sacrée victoire pour Nvidia. Depuis des mois, Jensen Huang réclame un assouplissement des restrictions d’exportation. Et pour cause: celles-ci se traduisent par un gigantesque manque à gagner. “Le marché chinois aurait pu représenter une opportunité d’environ 50 milliards de dollars cette année”, déplorait-il fin août. Entre août et octobre, seulement 5% du chiffre d’affaires de l’entreprise a été réalisé en Chine, essentiellement grâce à la vente de GPU destinés aux jeux vidéo, contre 23% un an plus tôt.
Au-delà, le fondateur de Nvidia affirme que les mesures américaines risquent d’être contre-productives. Priver la Chine d’accès aux GPU les plus avancés ne fait qu’intensifier ses efforts pour développer des alternatives locales. Huawei et d’autres acteurs ont déjà enregistré des progrès spectaculaires, même s’ils restent encore loin derrière. À terme, Jensen Huang redoute que les puces chinoises deviennent suffisamment compétitives pour conquérir des parts de marché en dehors de la Chine, tout en exerçant une pression à la baisse sur les prix.
Plus une menace ?
En attendant de voir si les vannes seront réellement ouvertes, cette séquence représente une victoire pour Pékin. Son interdiction d’acheter les GPU de Nvidia a changé la donne. Plutôt que de garder toutes les cartes en main, décidant au gré de nouvelles restrictions et de licences d’exportation quelles puces d’IA pouvaient être vendues aux entreprises chinoises, les États-Unis ont dû trouver une solution pour ne pas être définitivement exclus du marché. Et ont donc accepté d’autoriser l’exportation de puces encore plus puissantes.
En avril, l’exportation des H20 avait été jugée comme une menace pour la sécurité nationale, notamment suite aux avancées de la start-up DeepSeek. À peine huit mois plus tard, les groupes chinois auront accès à des GPU encore largement utilisés par leurs rivaux occidentaux. Ironie de l’histoire: le département de la Justice a démantelé lundi un réseau d’exportation illégale de H200 en Chine. “Ces puces sont les éléments essentiels de la suprématie en IA et jouent un rôle clé dans les applications militaires modernes”, souligne-t-il.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi la Chine ne veut plus acheter les puces IA de Nvidia
– Pourquoi Huawei minimise ses progrès dans les puces d’IA

