Par , publié le 10 décembre 2025

C’est une première mondiale scrutée de près, en particulier en Europe. Depuis quelques heures, les adolescents australiens de moins de 16 ans n’ont légalement plus le droit d’accéder aux dix principales plateformes sociales. Exit TikTok, Instagram, Snapchat, Reddit ou encore X. Mais aussi Twitch et YouTube – mais pas YouTube Kids. “Les réseaux sociaux font beaucoup de mal aux enfants”, justifie le premier ministre Anthony Albanese, soutenu dans cette initiative par les deux principaux partis politiques du pays.

Sur le papier, la législation est stricte. Elle ne prévoit aucune exception, pas même en cas d’accord parental. Elle s’applique également aux comptes déjà ouverts, qui doivent être fermés. Aucune sanction n’est toutefois prévue pour les adolescents qui contournent l’interdiction, ni pour leurs parents. La responsabilité repose entièrement sur les plateformes, qui doivent mettre en place des “mesures raisonnables” pour empêcher l’accès, sous peine de d’amendes pouvant atteindre 50 millions de dollars australiens (29 millions d’euros).

Peu de mesures concrètes

En théorie, la quasi-totalité des réseaux sociaux n’autorisent pas les inscriptions avant 13 ans. Cet âge ne doit rien au hasard: il s’aligne sur une législation américaine qui interdit de collecter les données personnelles des enfants sans le consentement des parents. Dans les faits, cependant, il n’y a aucun contrôle: il suffit simplement de renseigner une fausse date de naissance pour passer outre cette restriction. En France, 63% des moins de 13 ans ont ainsi au moins un compte sur un réseau social, selon une enquête de la Cnil.

Le débat autour de l’utilisation de ces plateformes par les enfants et les adolescents n’est pas nouveau. Dans une étude interne, révélée il y a quatre ans, Meta reconnaissait déjà les effets dévastateurs d’Instagram chez certains jeunes. Pourtant, les mesures concrètes restent rares. En 2023, la France a instauré un accord parental pour toute inscription avant 15 ans, mais l’obligation de contrôle n’est toujours pas en vigueur. Aux États-Unis, les projets de réglementation se sont heurtés à des décisions judiciaires défavorables.

L’Europe observe

L’initiative australienne pourrait cependant servir de catalyseur. Le mois dernier, le Parlement européen a adopté, à une large majorité, un rapport non législatif réclamant l’instauration d’un âge minimum de 16 ans pour accéder aux réseaux sociaux, tout en prévoyant la possibilité d’un consentement parental dès 13 ans. Plusieurs pays, notamment la France et le Danemark, veulent aller encore plus loin. En coulisses, ils cherchent ainsi à rassembler une majorité au sein des Vingt-Sept pour imposer une interdiction stricte avant 15 ans.

L’avenir de ces initiatives est cependant suspendu au retour d’expérience australien. “Ce processus ne sera jamais totalement irréprochable”, prévient déjà Anthony Albanese. Le gouvernement promet de publier des chiffres sur l’impact de la législation. Le premier ministre ne nourrit cependant aucune illusion sur le fait que des adolescents réussiront à contourner l’interdiction, en déjouant les systèmes de vérification, en utilisant des VPN ou en se tournant vers des plateformes qui ne sont pas concernées par le texte.

Taux d’erreur élevé

Le gouvernement australien s’est bien gardé de définir un cadre de vérification de l’âge. Plusieurs méthodes ont été mises en place par les plateformes: contrôle d’une pièce d’identité, analyse du comportement – comme l’utilisation de l’application pendant les heures de classe – ou encore selfie vidéo, utilisé par des algorithmes pour estimer l’âge des utilisateurs. Selon Yoti, une entreprise spécialisée dans la vérification d’identité, cette méthode est la plus utilisée. Elle reste toutefois loin d’être infaillible.

Le taux d’erreur demeure en effet très élevé, comme l’a montré un test grandeur nature réalisé cet été sur six systèmes de vérification. Un quart des enfants de moins de 13 ans ont ainsi été identifiés par ces solutions comme ayant plus de 16 ans. Le pourcentage de faux positifs grimpait à près de 75% pour les adolescents de 15 ans. À l’inverse, 14 % des adolescents de 16 ans ont été considérés comme plus jeunes que leur âge réel. Un taux de faux négatifs “supérieur au niveau acceptable”, soulignait le rapport.

Pour aller plus loin:
– La France veut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans
– Comment Meta espère éviter de vérifier l’âge de ses utilisateurs


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