Par , publié le 8 janvier 2026

L’offre semblait réservée aux marchés émergents. La voilà désormais disponible en Europe. Fin décembre, OpenAI a déployé en toute discrétion son abonnement payant à prix réduit pour ChatGPT dans presque tous les pays du continent. Baptisé Go, celui-ci coûte huit euros par mois, soit trois fois moins que la formule Plus, vendue 23 euros. Objectif du géant de l’intelligence artificielle générative: accroître sa monétisation en convertissant une part plus importante de sa gigantesque base d’utilisateurs gratuits en abonnés payants.

Limites d’utilisation plus élevées

Initialement testé en Inde, puis lancé dans plusieurs pays asiatiques, l’abonnement est maintenant accessible dans plus de 150 pays. Il n’est en revanche pas proposé sur les principaux marchés anglo-saxons, à commencer par les États-Unis. Par rapport à l’offre gratuite, il propose des limites d’utilisation plus élevées de GPT‑5, la dernière version du grand modèle de langage qui alimente le chatbot. Il permet aussi de générer davantage d’images, d’utiliser des GPT personnalisés et de bénéficier d’une mémoire étendue des conversations, évitant ainsi de repartir de zéro à chaque session.

Certaines fonctionnalités restent réservées à l’offre Plus, comme la création de courtes vidéos avec le modèle Sora ou la conception de GPT personnalisés. C’est également le cas du mode “agent”, qui permet à ChatGPT d’exécuter des tâches de manière autonome. Cet abonnement se distingue également par des limites d’utilisation plus généreuses et des capacités de raisonnement étendues. Enfin, il donne accès à des outils destinés aux développeurs, qui permettent de générer ou de corriger du code, ainsi que de concevoir des applications.

Faible taux de conversion

Avec Go, OpenAI espère proposer une alternative payante aux utilisateurs gratuits dont l’usage ne justifie pas de dépenser 23 euros par mois. Sur le papier, le potentiel est immense: seulement 5% des 800 millions d’adeptes de ChatGPT ont souscrit à un abonnement. Mais ce taux de conversion relativement faible ne s’explique pas uniquement par un prix jusqu’ici élevé. Il tient aussi au fait que l’immense majorité des utilisateurs se contente de la version gratuite, qui ne cesse de s’améliorer sous l’effet de la concurrence, notamment celle de Gemini, le chatbot de Google.

L’enjeu est double pour OpenAI. D’une part, les utilisateurs gratuits ne génèrent aucun chiffre d’affaires, en l’absence d’autre levier de monétisation comme la publicité – dont l’arrivée, annoncée comme imminente, vient d’être reportée afin de concentrer les efforts sur l’amélioration de ChatGPT, mis à mal par le lancement mi-novembre de la troisième version de Gemini. D’autre part, ils occasionnent d’importants coûts d’inférence, liés au processus de génération de texte. Autrement dit, plus le chatbot est populaire auprès du grand public, plus il creuse les pertes d’OpenAI.

Risque de cannibalisation ?

Pendant longtemps, Sam Altman a revendiqué ce modèle. “Les plus riches paient pour offrir un accès gratuit aux plus pauvres”, résumait le patron de l’entreprise. Mais celui-ci apparaît désormais difficilement tenable, tant les pertes atteignent des niveaux record: près de 20 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de l’an dernier. En parallèle, OpenAI s’est engagé dans des plans d’investissement massifs pour accroître sa puissance de calcul, ce qui nécessite d’augmenter considérablement ses recettes. Plusieurs pistes de monétisation de l’audience gratuite sont ainsi à l’étude.

La nouvelle stratégie d’OpenAI a depuis été reprise par Google. En septembre, le moteur de recherche a également lancé un abonnement à bas prix, appelé AI Plus. D’abord testé en Asie, il est désormais disponible dans 130 pays, dont la France, où il est lui aussi commercialisé à huit euros par mois. Cette stratégie présente toutefois un risque non négligeable de cannibalisation: une partie des clients des offres les plus onéreuses pourraient opter pour ces nouvelles formules, se contentant de fonctionnalités moins poussées tout en divisant leur facture mensuelle par trois.

Pour aller plus loin:
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI
– OpenAI affiche des pertes record de 12 milliards de dollars en trois mois


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