Moins de métavers, plus d’intelligence artificielle. Comme annoncé en décembre, Meta va licencier environ 10% des employés du Reality Labs. Autour de 1.500 personnes sont concernées, travaillant principalement sur ce monde virtuel censé devenir la prochaine plateforme dominante – mais qui ne s’est jamais imposé, contrairement aux prédictions de Mark Zuckerberg. La maison mère de Facebook et Instagram assure ne pas abandonner ce marché. Mais elle prévoit désormais de concentrer “presque exclusivement” ses efforts sur les smartphones, au détriment des casques de réalité virtuelle.
Ces licenciements traduisent le recentrage stratégique du groupe, qui s’était rebaptisé Meta en 2021 pour symboliser son virage des réseaux sociaux vers le métavers. À peine quatre ans plus tard, l’accent est désormais mis sur l’IA générative, un domaine dans lequel l’entreprise dépense massivement pour combler son retard initial. “Les économies seront réinvesties pour soutenir la croissance des wearables”, explique-t-elle. Autrement dit, pour investir davantage dans les lunettes et autres appareils dopés à l’IA, qui rencontrent un succès commercial.
Pertes de 70 milliards de dollars
Persuadé du potentiel du métavers, Mark Zuckerberg a commencé par racheter le fabricant de casques de réalité virtuelle Oculus en 2014, pour deux milliards de dollars. Avant d’accélérer considérablement les investissements avec la création, cinq ans plus tard, du Reality Labs. Depuis 2021, cette division a ainsi accumulé plus de 70 milliards de dollars de pertes. Toutes ces dépenses ne sont toutefois pas exclusivement liées au métavers: le Reality Labs travaille également sur d’autres projets, comme les lunettes connectées.
Ces investissements colossaux reflètent les ambitions du fondateur de Facebook, qui ne se limitent pas seulement à la partie logicielle, à l’image de son espace virtuel Horizon Worlds. Il souhaite aussi concevoir le matériel qui doit permettre d’accéder au métavers, comme les casques de réalité mixte. Malgré les sommes investies, les progrès n’ont pas été aussi rapides qu’espéré. Sur le plan matériel, les appareils de Meta sont bien à la pointe du marché, mais restent un produit de niche, encore loin d’une adoption par le grand public.
Avatars grotesques
La situation est encore plus critique côté logiciel. Pendant longtemps, l’illustration du métavers rêvé par Mark Zuckerberg se résumait aux avatars au style cartoon un peu grotesque d’Horizon Worlds. Et surtout très loin d’être immersifs, alors que Meta cherche à créer un nouveau type d’interaction humaine. Fin 2022, la plateforme comptait environ 200.000 utilisateurs, selon des chiffres publiés à l’époque par le Wall Street Journal. Il y a deux ans, la société a présenté un projet d’avatars photoréalistes, mais celui-ci reste à concrétiser.
Malgré les doutes des employés, affectés par plusieurs plans sociaux, et ceux des investisseurs de Wall Street, Mark Zuckerberg a maintenu le cap… jusqu’à l’irruption de l’IA générative. Depuis, le dirigeant n’évoque quasiment plus le métavers. Fin octobre, lors de la conférence avec les analystes organisée en marge de la publication des résultats financiers, le mot n’a pas été prononcé une seule fois. En revanche, le patron de Meta s’est impliqué personnellement dans le recrutement des membres de sa nouvelle équipe de recherche en IA.
Lunettes de réalité augmentée
Ces derniers mois, la société a opéré un virage massif vers l’IA. Elle s’est lancée dans le développement de grands modèles de langage, pour rivaliser avec OpenAI ou Google. Elle commence également à déployer de nouveaux outils sur ses services. Surtout, elle investit massivement dans ses infrastructures, notamment pour l’achat de cartes graphiques. Mais ces dépenses commencent sérieusement à inquiéter Wall Street. Réduire le budget consacré au métavers peut ainsi être interprété comme une manière de rassurer les investisseurs.
Parallèlement, l’IA a ouvert de nouvelles opportunités pour le Reality Labs, au détriment du métavers. Depuis l’intégration d’un assistant vocal, les lunettes connectées Ray-Ban Meta rencontrent en effet un succès commercial inattendu. Meta prévoit désormais d’accélérer dans cette direction. En septembre, un premier modèle équipé d’un petit écran sur le verre droit a été lancé aux États-Unis. Et le groupe espère commercialiser de véritables lunettes de réalité augmentée, connues sous le nom de code Orion, d’ici 2027.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes de réalité augmentée
– Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées

