Par , publié le 20 janvier 2026

Au début de l’été, Thinking Machines n’avait encore ni produit, ni feuille de route, ni véritable site web. Cela n’avait pourtant pas empêché la start-up d’intelligence artificielle, lancée par Mira Murati, l’ancienne directrice de la technologie d’OpenAI, de boucler une levée de fonds record: deux milliards de dollars en amorçage. À peine sept mois plus tard, l’euphorie est retombée. Et les doutes se sont encore accentués la semaine dernière avec le départ de deux cofondateurs, alors même que les discussions autour d’un nouveau tour de table s’enlisent depuis plusieurs mois.

Plus inquiétant encore, un an après sa création, Thinking Machines n’aurait toujours pas défini de feuille de route produit ni de véritable stratégie commerciale, rapporte la newsletter Sources. Dans un secteur qui évolue à une vitesse fulgurante, l’entreprise n’a pas encore dévoilé de modèle d’IA générative maison. Tout juste a-t-elle lancé, en octobre, une API (interface de programmation) permettant de réentraîner des modèles open source publiés notamment par Meta ou Alibaba. Ses dirigeants promettent d’y remédier dans le courant de l’année… sans plus de détails.

IA sur mesure

Thinking Machines n’a pas séduit les investisseurs par sa vision technologique, mais par le CV de son équipe dirigeante. Après avoir commencé sa carrière chez Tesla, Mira Murati a été propulsée au rang de vedette de l’IA par le lancement spectaculaire de ChatGPT. Fin 2023, elle a même été nommée directrice générale par intérim d’OpenAI lors de la tentative d’éviction de son patron, Sam Altman. Pour lancer sa start-up, elle a su attirer une vingtaine d’ingénieurs et chercheurs de son ancien employeur, notamment l’un de ses cofondateurs, John Schulman, nommé directeur scientifique.

Depuis ses débuts, Thinking Machines entretient le mystère sur ses travaux, auprès des médias comme de certains investisseurs. Lors de son lancement officiel, l’entreprise se contentait d’expliquer vouloir rendre les “systèmes d’IA plus largement compréhensibles, personnalisables et polyvalents”. D’après The Information, elle ambitionne de concevoir des outils d’IA sur mesure pour les entreprises, en s’appuyant sur la technique d’entraînement popularisée par la start-up chinoise DeepSeek. Un chatbot grand public basé sur la voix ferait également partie de ses projets.

Cinq départs en une semaine

La quiétude autour de Thinking Machines a volé en éclats la semaine dernière, lorsqu’OpenAI a officialisé le recrutement de trois de ses employés. Deux des cofondateurs en font partie, dont Barret Zoph, le directeur technologique que la start-up assure avoir licencié pour avoir partagé des documents confidentiels avec des concurrents. Dans la foulée, deux autres chercheurs ont annoncé leur prochain départ. En octobre, un troisième cofondateur avait déjà été débauché par Meta. En seulement un an, la moitié de l’équipe fondatrice est partie.

Selon une source interne citée par Wired, cette vague de départs s’expliquerait par des “désaccords” sur la direction à suivre. Elle envoie en tout cas de mauvais signaux. Non seulement cet exode affaiblit les forces vives de la start-up, qui compte une centaine d’employés, mais il souligne aussi que certains au sein des équipes et des cofondateurs doutent de son potentiel à long terme. Ils semblent avoir préféré un salaire sans doute très confortable chez OpenAI aux stock-options de Thinking Machines, dont les opportunités de gain, en cas de succès, pourraient être considérables.

Valorisation de 50 milliards ?

Ces défections pourraient aussi compliquer davantage encore la prochaine levée de fonds de la société. Après avoir récolté deux milliards de dollars, Thinking Machines chercherait à lever cinq milliards supplémentaires. Elle viserait également une valorisation comprise entre 50 et 60 milliards de dollars, soit cinq à six fois plus qu’en juin. Des ambitions élevées, même dans un secteur où les financements coulent encore à flots. Engagées depuis plusieurs semaines, les négociations n’ont pour l’instant pas abouti, d’autant que le climat de crainte d’une bulle n’arrange rien.

En cas d’échec, l’entreprise disposerait toutefois d’une potentielle porte de sortie: une acquisition déguisée par l’un des géants de la tech. Ce type d’opérations se multiplie ces derniers mois, à la fois pour recruter des talents dans un contexte de compétition exacerbée et pour contourner de possibles veto des autorités de la concurrence. Cet été, Meta aurait déjà tenté une approche, immédiatement repoussée. Apple aurait également étudié le dossier. Contraint de s’appuyer sur Google pour combler son retard dans l’IA, le groupe à la pomme serait un acquéreur crédible.

Pour aller plus loin:
– Sam Altman évoque le risque d’une bulle de l’intelligence artificielle
– OpenAI va lever jusqu’à 40 milliards de dollars, un record


No Comments Yet

Comments are closed

Contactez-nous  –  Politique de confidentialité