Par , publié le 22 janvier 2026

Son nom n’apparaît pas une seule fois dans le document de 270 pages présenté mardi par Bruxelles. Et pas davantage dans les déclarations d’Henna Virkkunen, la commissaire européenne notamment chargée de la sécurité numérique. Pourtant, Huawei est clairement dans le viseur du projet de révision du règlement européen sur la cybersécurité. Ce texte, s’il est adopté, conduirait à bannir les équipements du géant chinois des télécommunications – ainsi que ceux de son compatriote ZTE, assez peu présent sur le continent – de l’ensemble des réseaux mobiles en Europe.

Aucune restriction dans 14 pays

“Des fournisseurs à haut risque sont toujours présents dans nos réseaux 5G, notamment dans leurs parties critiques”, justifie l’ancienne ministre finlandaise, interrogée par Politico. Pour la Commission européenne, il est désormais urgent d’agir face aux menaces d’espionnage que représente la présence, parfois majoritaire dans les réseaux, de ces deux équipementiers, considérés comme proches du régime chinois. Plusieurs pays européens, dont la Suède, ont déjà décrété des interdictions. D’autres, comme la France, se sont contentés de restrictions.

Ce projet de réglementation marque une rupture majeure. Jusqu’à présent, Bruxelles avait seulement formulé des recommandations, sans caractère obligatoire. Celles-ci ont été peu suivies: 14 États membres sur 27 n’ont pris aucune mesure contre Huawei et ZTE. Sur les réseaux 5G, leurs équipements n’ont ainsi disparu que dans cinq pays de l’UE, selon les estimations du cabinet Strand Consult. Et ils représentent plus de 30% des infrastructures dans 17 pays. En France, cette proportion est estimée à 13%, contre 59% en Allemagne, le plus gros marché européen de Huawei.

Facture de 3 à 4 milliards d’euros

Cette fois-ci, la Commission ne laissera pas le choix. Une fois le texte adopté, un délai de trois ans sera accordé aux opérateurs mobiles pour remplacer les équipements chinois par des alternatives, généralement plus coûteuses, proposées par le finlandais Nokia, le suédois Ericsson ou encore le sud-coréen Samsung. La facture est estimée entre trois et quatre milliards d’euros par Bruxelles. Un coût “probablement sous‑estimé”, prévient le lobby Connect Europe, qui craint que le projet “n’aggrave” la situation du secteur, déjà confronté à “des besoins d’investissement considérables”.

Au-delà des télécoms, le texte prévoit ensuite d’étendre cette stratégie à d’autres secteurs sensibles, comme les voitures électriques, les équipements médicaux ou encore le cloud. Son adoption en l’état reste toutefois incertaine: plusieurs États pourraient s’y opposer au Conseil européen, réunissant ainsi une minorité de blocage. Certaines capitales ne souhaitent pas s’exposer à d’éventuelles représailles de la part de Pékin. D’autres estiment qu’une telle décision ne devrait pas être imposée par Bruxelles, la sécurité nationale relevant de la compétence des États membres.

Usine à l’arrêt en France

Des emplois sont aussi en jeu. Banni, Huawei pourrait décider de se retirer de l’Union européenne. Le groupe de Shenzhen affirme employer plus de 13.000 salariés sur le continent, notamment dans 29 centres de recherche répartis dans 14 pays. En France, il vient par ailleurs d’achever la construction d’une usine à Brumath, en Alsace. Mais la production d’antennes 4G et 5G, qui devait débuter en janvier, n’a toujours pas commencé. Huawei laisse désormais entendre que le projet pourrait être abandonné, ce qui priverait la région de 300 à 500 emplois directs.

En attendant l’issue des négociations tripartites entre la Commission, le Conseil et le Parlement, ce projet de régulation entérine l’échec de la stratégie de Huawei. Depuis son interdiction aux États-Unis en 2019, la société a multiplié les promesses d’investissements en Europe pour tenter d’éviter d’y connaître le même sort. À Bruxelles, son lobbying s’est également intensifié. Mais les portes se sont désormais refermées à la suite d’un scandale de corruption présumée impliquant des eurodéputés, révélé l’an passé.

Pour aller plus loin:
– Cinq ans après son lancement, les promesses non tenues de la 5G
– En Finlande, la 6G est déjà en route


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