Par , publié le 26 janvier 2026

C’est la fin d’un interminable feuilleton. Six ans après les premières menaces d’interdiction aux États-Unis, les activités américaines de TikTok ont officiellement été cédées par ByteDance, la maison mère chinoise de la populaire application de courtes vidéos. Les repreneurs: un consortium d’investisseurs, essentiellement américains, réunis autour d’Oracle, qui aura la responsabilité de garantir la sécurité des données. Le prix de l’opération n’a pas été précisé. À l’automne, le vice-président américain JD Vance avait évoqué la somme de 14 milliards de dollars.

Concrètement, les nouveaux arrivants ont acquis 50% du capital d’une nouvelle coentreprise, rebaptisée TikTok USDS. Les actionnaires américains déjà présents dans ByteDance contrôlent 30%, tandis que le groupe chinois conserve, lui, 20%, le seuil maximal fixé par une loi votée en 2024 par le Congrès. Il garde également la main sur l’algorithme de recommandations, une condition non négociable imposée par Pékin que Washington a fini par accepter. Selon Bloomberg, ByteDance récupérera aussi un pourcentage du chiffre d’affaires, ainsi que 20% des bénéfices.

Sécurité nationale

Cette opération marque l’aboutissement d’un long processus, entamé sous le premier mandat de Donald Trump, puis poursuivi sous celui de Joe Biden. Après plusieurs tentatives infructueuses, une législation imposait à ByteDance de se séparer de la branche américaine de TikTok. Le texte invoquait deux risques pour la sécurité nationale. D’une part, le réseau social aurait pu permettre à Pékin de collecter massivement des données sur les 200 millions d’utilisateurs américains, malgré la promesse de les héberger exclusivement sur des serveurs situés aux États-Unis.

D’autre part, TikTok aurait pu alimenter de potentielles campagnes d’influence pour manipuler l’opinion publique grâce à l’algorithme de recommandations. En l’absence de vente, la loi ne prévoyait pas une interdiction directe de la plateforme, mais empêchait toute entreprise de lui permettre d’opérer sur le sol américain. Cela aurait notamment concerné les boutiques d’applications d’Apple et de Google, ainsi qu’Oracle, qui héberge les services de TikTok dans le cloud. Après une longue bataille judiciaire, le texte avait finalement été validé par la Cour suprême fin 2024.

Enjeu géopolitique

À la suite de cette décision, TikTok avait été mis hors ligne, faute de cession dans les délais impartis. L’interruption n’avait duré que quelques heures. Dès le lendemain, Donald Trump, revenu au pouvoir, s’était engagé – sans en avoir l’autorité – à ne pas lancer de poursuites contre Apple, Google ou Oracle. Pendant près de douze mois, au gré des reports accordés par Washington, l’application a ainsi continué d’opérer en marge de la législation. Personne ne s’est opposé à ces délais successifs, ne souhaitant pas assumer la responsabilité d’une fermeture de TikTok.

Devenu un véritable enjeu géopolitique, le sort de TikTok est longtemps resté suspendu aux négociations entre Washington et Pékin. Des discussions davantage compliquées par les droits de douane imposés début 2025 par les États-Unis. En avril, la cession des activités américaines aurait ainsi été bloquée à la dernière minute par les autorités chinoises, selon l’administration Trump. L’apaisement relatif des relations entre les deux puissances ces derniers mois a finalement facilité l’opération, même si le doute a persisté jusqu’au bout sur l’obtention du feu vert de Pékin.

Conforme à la loi ?

Peu de détails ont été communiqués, sinon que la coentreprise sera dirigée par l’actuel directeur des opérations de TikTok. Le réseau social promet aussi de maintenir l’interopérabilité: les utilisateurs américains continueront de voir les vidéos publiées à l’étranger, et leurs contenus resteront accessibles hors des États-Unis. Rien ne garantit toutefois que les deux versions de l’application n’évoluent pas différemment, par exemple avec l’ajout de nouveaux formats. En outre, les conditions d’utilisation ont d’ailleurs déjà été modifiées, allégeant notamment les règles de modération.

L’opération ne semble pas répondre aux risques mis en avant par le Congrès. Les garanties concernant le stockage des données aux États-Unis sont similaires à celles proposées dès 2022 par TikTok dans le cadre du “projet Texas”. Or celles-ci avaient été jugées insuffisantes par le département de la Justice et le FBI. De même, les risques liés à d’éventuelles campagnes d’influence demeurent: toujours contrôlé par ByteDance, l’algorithme reste potentiellement exposé aux injonctions de Pékin. Sur ce point, l’accord ne respecte d’ailleurs pas la législation adoptée en 2024.

Pour aller plus loin:
– ByteDance, la maison mère de TikTok, dépasse Meta
– Comment un milliardaire américain a sauvé TikTok


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