Par , publié le 10 mars 2026

Pour ce qui pourrait être sa dernière levée de fonds d’envergure, OpenAI pulvérise une nouvelle fois tous les records. Fin février, le créateur de ChatGPT a officialisé un tour de table de 110 milliards de dollars, mené auprès d’Amazon, de Nvidia et de Softbank, sur la base d’une valorisation de 730 milliards, un niveau jamais atteint par une société non cotée. Cette somme colossale doit lui permettre d’assumer les lourdes pertes qu’il prévoit d’accuser avant une probable introduction en Bourse, elle aussi potentiellement historique, d’ici à la fin de l’année.

La levée de fonds illustre une quête de capitaux non seulement incessante, mais aussi exponentielle. En 2024, OpenAI n’avait récolté “que” 6,6 milliards de dollars, lors de sa première opération de financement menée sans Microsoft. L’an passé, Softbank et d’autres investisseurs lui avaient apporté 40 milliards, un montant alors record. Cette escalade s’explique par l’ambitieuse feuille de route portée par son patron, Sam Altman. OpenAI prévoit en effet de dépenser jusqu’à 1.400 milliards de dollars au cours des huit prochaines années pour bâtir ou louer de la puissance de calcul.

Nvidia investit moins que prévu

L’entrée d’Amazon dans le capital est particulièrement marquante. Le géant du commerce en ligne va investir jusqu’à 50 milliards de dollars, dont 15 milliards immédiatement, en échange de l’utilisation de sa plateforme de cloud et de ses puces Trainium pour l’entraînement et l’inférence des modèles d’OpenAI. Il est pourtant le principal actionnaire d’Anthropic, grand rival de la start-up. Il se retrouve en outre aux côtés de Microsoft, son principal concurrent dans le cloud. Mais dans le secteur de l’IA, ces considérations passent désormais au second plan.

L’opération entérine aussi l’abandon de l’investissement de 100 milliards de dollars que devait réaliser Nvidia. Annoncé en grande pompe en septembre, avant même d’être officiellement conclu, ce financement, progressif, devait être débloqué en dix tranches, au rythme de la construction de nouveaux data centers. Il n’a toutefois jamais dépassé le stade de la lettre d’intention, les négociations avec OpenAI n’ayant finalement pas abouti. À la place, le géant des cartes graphiques va se contenter d’injecter 30 milliards, après avoir déjà apporté 10 milliards à Anthropic.

Introduction en Bourse

Source d’inquiétude pour certains, qui y voient les prémices d’une bulle, la multiplication des investissements croisés témoigne aussi d’une réalité: les sommes nécessaires sont désormais telles que seuls un nombre très restreint d’acteurs sont en mesure de les apporter. Même les grands fonds américains de capital-risque peinent à suivre. Pour continuer à lever des capitaux, OpenAI ne dispose donc que de peu d’options. Microsoft, Nvidia et SoftBank se retrouvent un peu pris au piège: ils doivent continuer à financer la société pour éviter qu’elle ne se retrouve à court de trésorerie.

Pour sortir de cette logique, OpenAI pourrait décider d’entrer en Bourse d’ici la fin de l’année, rapporte le Wall Street Journal. L’opération pourrait devenir la plus importante introduction de l’histoire. Non seulement elle lui permettrait de lever plusieurs dizaines de milliards supplémentaires, mais elle lui offrirait aussi la possibilité de réaliser, si nécessaire, de nouvelles augmentations de capital pour répondre à ses besoins de trésorerie. OpenAI souhaiterait devancer Anthropic afin de capter, avant sa rivale, l’appétit des investisseurs de Wall Street pour les groupes d’IA.

La consommation de cash s’accélère

Pour séduire les marchés, l’entreprise mise sur la montée en puissance de l’IA agentique, ces agents censés accomplir des tâches de manière autonome. Selon des documents obtenus par The Information, elle vient ainsi de relever de 27% ses prévisions de chiffre d’affaires pour les cinq prochaines années. De 13,1 milliards de dollars l’an passé, ses recettes devraient atteindre 30 milliards cette année, avant de grimper à 62 milliards l’an prochain. En 2030, elles pourraient s’élever à 284 milliards, dont près de la moitié provenant des entreprises.

Parallèlement, ses coûts devraient eux aussi fortement augmenter. Sur les cinq prochaines années, OpenAI prévoit de dépenser 440 milliards de dollars pour entraîner ses prochains modèles d’IA, auxquels s’ajouteront 160 milliards pour l’inférence – le processus de génération de texte ou d’image. Sur cette période, l’entreprise s’attend à brûler jusqu’à 225 milliards de liquidités, soit deux fois plus que prévu auparavant. En cause: des marges inférieures aux attentes en raison de coûts d’inférence encore trop élevés. La rentabilité reste, elle, espérée pour 2030.

Pour aller plus loin:
– Trois ans après le lancement de ChatGPT, l’heure des doutes pour OpenAI
– OpenAI affiche des pertes record de 12 milliards de dollars en trois mois


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