Par , publié le 11 mars 2026

L’opération s’annonçait historique pour la French Tech. Elle l’a été. Mardi, Advanced Machine Intelligence Labs a officialisé une levée de fonds de 1,03 milliard de dollars, sur la base d’une valorisation de 3,5 milliards, à peine trois mois après son lancement par Yann LeCun, ancien responsable de l’intelligence artificielle de Meta. Ce montant est inédit pour un tour de table en amorçage en Europe – le précédent record français s’élevait à 220 millions. Aux États-Unis, seules les start-up Thinking Machines Lab et Safe Superintelligence, fondées par des anciens d’OpenAI, ont fait mieux.

Sur un secteur déjà très compétitif, AMI suit une voie différente. Plutôt que de miser sur les grands modèles de langage, qui servent de socle aux chatbots comme ChatGPT, Gemini ou Claude, la start-up parie sur les “world models”. Cette nouvelle architecture se veut plus proche du raisonnement humain et de la perception du monde réel. Elle doit être capable de comprendre l’environnement physique à partir d’images ou de vidéos afin d’exécuter des tâches de manière autonome. “La véritable intelligence ne débute pas avec le langage, mais avec le monde réel”, assure l’entreprise.

Divergence de vision technologique

Cette levée record s’explique en grande partie par le parcours de Yann LeCun. Figure majeure de la recherche en IA, il a reçu le prix Turing en 2018, aux côtés notamment de Geoffrey Hinton, autre grand nom du secteur et ancien de Google. Arrivé chez Meta en 2013, il y a fondé et dirigé le laboratoire FAIR, devenu au fil des années l’un des plus réputés du secteur. Sous sa direction, le groupe a pris le virage du machine learning, ces algorithmes capables d’apprendre à partir des données, qui ont profondément transformé ses réseaux sociaux dans la seconde moitié des années 2010.

Yann LeCun avait annoncé son départ de Meta fin 2025. Au-delà d’une divergence de vision technologique, sa position avait aussi été fragilisée dans les mois précédents. Frustré par le retard de Meta dans l’IA générative, Mark Zuckerberg a créé une nouvelle division, le Superintelligence Labs, dirigée par Alexandr Wang, recruté à prix d’or l’été dernier. Ce dernier supervise désormais toutes les équipes d’IA, y compris celle de l’ancien responsable français. Une réorganisation qui a créé des tensions entre les dizaines d’ingénieurs fraîchement recrutés et les équipes de FAIR.

“Usines, hôpitaux, robots”

Pour se lancer dans sa première aventure entrepreneuriale, Yann LeCun s’est entouré de vieilles connaissances. AMI est dirigée par Alexandre Lebrun, un ancien du FAIR qui dirigeait jusque-là la start-up Nabla, spécialisée dans les logiciels d’IA pour les professionnels de santé. Laurent Solly, ancien patron de Meta en France puis en Europe, occupe le poste de directeur opérationnel. D’autres anciens du réseau social figurent également parmi la vingtaine d’employés de la start-up, répartis entre quatre bureaux à Paris, New York, Montréal et Singapour – mais pas dans la Silicon Valley.

AMI cible en priorité les secteurs où la compréhension du monde physique est cruciale. “Les usines, les hôpitaux et les robots”, liste Alexandre Lebrun, comme autant de débouchés potentiels. La start-up prévient toutefois que les premières applications commerciales pourraient mettre des années à émerger. Un partenariat avec Meta pour ses lunettes connectées est aussi évoqué. AMI n’est pas la seule à miser sur cette évolution. Le laboratoire DeepMind de Google explore ce concept, tout comme la chercheuse vedette Fei‑Fei Li, dont la start-up World Labs vient de lever un milliard de dollars.

Pour aller plus loin:
World Labs lève un milliard de dollars pour sa nouvelle génération de modèles d’IA
– Malgré des milliards investis dans l’IA, Meta navigue toujours à vue


No Comments Yet

Comments are closed

Contactez-nous  –  Politique de confidentialité