Tesla
Par , publié le 24 mars 2026

Elon Musk ne parle plus en gigawatts, devenus l’unité de référence pour mesurer la puissance informatique dédiée aux modèles d’intelligence artificielle générative. Le patron de Tesla raisonne désormais en térawatt, soit mille gigawatts. Samedi, il a dévoilé Terafab, un projet d’usine géante devant produire des puces pour ses voitures autonomes, ses robots et les data centers qu’il envisage, à terme, de déployer dans l’espace. Son objectif: atteindre une capacité d’un térawatt par an. Un chiffre hors norme, qui représente cinquante fois la production mondiale actuelle.

“Soit nous construisons la Terafab, soit nous n’avons pas les puces” dont nous avons besoin, justifie Elon Musk. Le milliardaire, coutumier des annonces spectaculaires qui ne se concrétisent pas, ne s’est pas engagé sur une date de mise en service, ni précisé le coût et le financement. Il a simplement indiqué que le site sera construit à Austin, à côté de la Gigafactory de Tesla, où sont assemblées ses voitures électriques et, à terme, ses robots humanoïdes Optimus. Le projet associera le constructeur à SpaceX – et, par extension, à xAI, qui a récemment fusionné avec le groupe spatial.

Projet démesuré…

Sur le papier, la Terafab paraît à la fois démesurée et irréalisable. Démesurée, d’abord, par le rythme de production annoncé. À titre de comparaison, le projet Stargate, présenté début 2025 par OpenAI mais depuis mis en suspens, visait à déployer 10 GW de puissance sur plusieurs années pour accompagner la demande croissante en IA. Une ambition déjà colossale, mais cent fois inférieure à la capacité annuelle que souhaite fabriquer Elon Musk avec son usine. Autre ordre de grandeur: un térawatt correspond quasiment à l’ensemble de l’électricité produite chaque année aux États-Unis.

Le milliardaire souhaite fabriquer deux types de puces. Les premières seront destinées aux voitures de Tesla, notamment le futur robot-taxi Cybercab, et surtout aux robots humanoïdes, pour lesquels il anticipe une demande gigantesque. Il cible d’abord les usines, où l’automatisation constitue un enjeu économique majeur, avant de viser le grand public, imaginant que les robots réaliseront les tâches domestiques. Ses ambitions ne cessent de croître. Après avoir évoqué 100 millions de ventes par an, il estime désormais la demande potentielle à plus d’un milliard d’unités.

La deuxième catégorie de puces, devant représenter l’essentiel de la production, sera dédiée aux futurs data centers spatiaux conçus pour entraîner et faire tourner des modèles d’IA. “C’est le seul moyen de passer à l’échelle”, estime Elon Musk, invoquant les limites terrestres de la production d’électricité. SpaceX a sollicité auprès des autorités américaines l’autorisation de déployer jusqu’à un million de satellites en orbite basse. À titre de comparaison, l’entreprise n’a, à ce stade, obtenu le droit de lancer que 27.000 appareils pour Starlink, sa constellation d’accès à Internet haut débit.

… et irréalisable ?

Au-delà de sa démesure, le projet Terafab paraît aussi irréalisable. Si Elon Musk assure vouloir s’appuyer sur les ingénieurs de Tesla et de SpaceX, ces équipes n’ont aucune expérience dans la production de semi-conducteurs. En plus de la conception d’une puce, qui exige des années d’expertise, le défi industriel est colossal. L’entrepreneur a beau expliquer avoir “déjà réalisé l’impossible”, graver des puces en 2 nm est bien plus complexe que de fabriquer des voitures ou des batteries lithium-ion, comme en témoignent les difficultés persistantes rencontrées par Samsung et Intel.

Même en admettant que Tesla et SpaceX parviennent à surmonter cette difficulté, un autre obstacle majeur subsiste: l’approvisionnement en machines de lithographie. Les composants les plus avancés nécessitent des équipements à rayonnement ultraviolet extrême (EUV), fabriqués exclusivement par ASML. Or, son carnet de commandes est déjà saturé. Et ni l’entreprise néerlandaise ni ses multiples fournisseurs, souvent les seuls capables de produire certains composants de pointe, ne peuvent décupler leurs cadences de production pour répondre aux ambitions colossales d’Elon Musk.

Reste enfin la question du financement. Selon les analystes, la première phase de construction pourrait coûter entre 30 et 45 milliards de dollars, selon le degré d’intégration verticale envisagé. Pour atteindre l’objectif d’un térawatt, la Terafab devra ensuite représenter l’équivalent d’au moins 140 usines de fonderie, évalue le cabinet Bernstein. Coût minimal: 5.000 milliards de dollars, soit 250 fois les dépenses en capital prévues par Tesla cette année – et davantage que la valorisation combinée du constructeur automobile et SpaceX. Une somme probablement hors de portée.

Pour aller plus loin:
– L’improbable fusion entre SpaceX et xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk
– Quand le robot humanoïde d’Elon Musk impressionne… à tort


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