Par , publié le 25 mars 2026

“Ensemble, nous allons planter une forêt”. En déplacement à Pékin, Tim Cook n’a pas évoqué la “relation symbiotique” entre Apple et la Chine, qu’il vantait encore il y a trois ans. Mais le patron du groupe à la pomme s’est emparé d’un proverbe chinois pour saluer une “communauté de développeurs extrêmement talentueux”, avec laquelle il partage une “vision du progrès”. Au-delà des discours convenus, ce voyage, ponctué notamment par une rencontre avec le ministre du Commerce, intervient à un moment charnière pour Apple, confronté à une pression croissante des régulateurs locaux.

Symbole de ce durcissement, le groupe de Cupertino a annoncé mi-mars une baisse des commissions prélevées en Chine sur les applications mobiles, ramenées à 12% et 25%, contre 15% et 30% auparavant, sans introduire de nouveaux frais – contrairement à d’autres pays où il a été contraint de baisser ses frais. En novembre, il avait déjà trouvé un compromis avec Tencent, la maison mère de WeChat, autorisant officiellement les paiements au sein des mini-apps, très développées sur la populaire messagerie chinoise. Pour sceller cet accord, Apple avait accepté de réduire ses commissions.

“L’écosystème fermé d’Apple va être démantelé”

En Chine, la société a longtemps fait office d’exception. Non seulement elle y opère quasiment de la même manière qu’ailleurs, à l’inverse d’autres géants technologiques américains, elle n’a aussi que très rarement été inquiétée par les autorités chinoises. Cette bienveillance de Pékin s’expliquait par le poids d’Apple dans le pays, où ses sous-traitants emploient des millions de personnes. L’assemblage des iPhone dans les usines locales était ainsi vu comme un symbole de la puissance de l’industrie chinoise, la seule alors capable de répondre aux besoins de production.

Mais la situation a commencé à évoluer à l’automne 2023, lorsque plusieurs administrations et entreprises publiques ont banni l’iPhone. L’an passé, la menace est encore montée d’un cran avec l’ouverture d’une enquête par la SAMR, le puissant gendarme chinois de la concurrence. Celle-ci visait les commissions imposées aux développeurs d’applications mobiles, mais aussi sur l’interdiction des boutiques tierces et des systèmes de paiement alternatifs. “Sous la pression, l’écosystème fermé d’Apple va être démantelé”, prédit désormais le Quotidien du Peuple, journal officiel du pouvoir.

Délocalisation de la production

Ce changement d’attitude peut d’abord s’expliquer par les tensions géopolitiques croissantes entre Pékin et Washington. Fin 2022, les États-Unis ont instauré des restrictions à l’exportation vers la Chine des puces les plus avancées et des équipements nécessaires à leur fabrication. Ces mesures ont depuis été renforcées pour les cartes graphiques, devenues entre-temps cruciales avec l’essor de l’intelligence artificielle générative. En 2025, l’administration Trump a également imposé de nouveaux droits de douane sur les importations en provenance de la deuxième économie mondiale.

Apple est probablement aussi rattrapé par sa stratégie de diversification de sa chaîne de production. Ces dernières années, le groupe a relocalisé une partie de l’assemblage vers d’autres pays asiatiques, en particulier l’Inde et le Vietnam, pour réduire sa dépendance à la Chine. Ce mouvement, complexe en raison de l’ampleur de la chaîne logistique, s’est nettement accéléré l’an passé en anticipation des nouveaux droits de douane. Selon l’agence Bloomberg, un quart des iPhone ont été assemblés dans des usines indiennes en 2025, une proportion qui devrait continuer de croître.

Pour aller plus loin:
– Après un compromis avec WeChat, Apple autorise les mini-apps
– Les commissions d’Apple dans le viseur des autorités chinoises


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