Mistral AI lève le voile sur le financement de son tout premier data center. Lundi, le spécialiste français de l’intelligence artificielle générative a annoncé s’être endetté à hauteur de 830 millions de dollars auprès de sept grandes banques. Cette enveloppe servira notamment à l’achat des 13.800 puces Nvidia qui seront déployées sur ce site situé en région parisienne. Elle ne couvre toutefois qu’une partie des ambitions de la start-up, qui prévoit d’investir quatre milliards d’euros pour construire sa propre infrastructure informatique en Europe.
Ce n’est pas la première fois que Mistral recourt à l’endettement. En 2024, la société avait déjà emprunté 132 millions d’euros, en parallèle d’un tour de table en fonds propres de 468 millions. Il est probable que d’autres opérations du même type soient menées pour financer ses prochains data centers. Le choix de la dette permet de limiter la dilution des fondateurs et des actionnaires, dans un contexte de besoins de financement particulièrement élevés. Il n’est toutefois pas sans risque: il implique de générer, à terme, des revenus suffisants pour rembourser les créanciers.
Plateforme de cloud
Cette stratégie répond d’abord à un besoin interne: Mistral ne souhaite plus dépendre de fournisseurs cloud pour entraîner et faire tourner ses modèles d’IA, dans l’espoir de gagner en efficacité et de réduire les coûts. Elle s’inscrit également dans une logique de croissance: l’entreprise va lancer sa propre plateforme de cloud pour répondre “à la demande croissante et durable des gouvernements, des entreprises et des institutions de recherche”, explique son patron Arthur Mensch. Baptisée Compute et annoncée en grande pompe l’an passé, celle-ci doit entrer en service cet été.
Le premier data center de Mistral affichera une puissance de 44 mégawatts, bien loin des infrastructures géantes déployées par les géants américains du secteur. La start-up assure que sa construction n’a pas été impactée par le retrait, annoncé la semaine dernière, de son partenaire britannique Fluidstack. Un deuxième site est déjà officialisé: d’une puissance de 23 MW, il sera construit en Suède pour un investissement estimé à 1,2 milliard d’euros. Celui-ci doit être opérationnel l’année prochaine. D’ici fin 2027, la société ambitionne de déployer environ 140 MW supplémentaires.
La souveraineté comme argument de vente
L’offre de cloud de Mistral compte déjà quelques clients prestigieux comme Orange, BNP Paribas ou le laboratoire Kyutai. Son meilleur argument de vente: la souveraineté technologique – déjà centrale dans l’adoption de ses modèles d’IA. Les administrations et les entreprises du continent “ont besoin d’une solution européenne”, capable de rivaliser tant en puissance de calcul qu’en offre logicielle, martèle Arthur Mensch. Mistral devra toutefois composer avec la concurrence des “cloud de confiance” S3NS et Bleu, qui reposent respectivement sur les technologies de Google et de Microsoft.
Avec Compute, Mistral lorgne un relais de croissance potentiellement important de son chiffre d’affaires. La start-up revendique 400 millions de dollars de recettes en rythme annualisé. Elle vise le cap du milliard d’ici à la fin de l’année. Sur le papier, le cloud affiche en outre des marges élevées, là où les services d’IA demeurent encore largement déficitaires. Cependant, la capacité à rentabiliser sur la durée les investissements nécessaires à la construction de data centers doit être démontrée, notamment parce que les GPU deviennent obsolètes de plus en plus rapidement.
Pour aller plus loin:
– Avec sa dernière levée de fonds, Mistral AI pulvérise les records de la French Tech
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?

