C’est le revers de la médaille du contrat record signé avec OpenAI. À peine six mois plus tard, Oracle a procédé, mardi, à ce qui pourrait être la plus importante vague de licenciements de son histoire. Le nombre exact de suppressions de postes n’est pas connu. La presse américaine évoque des “milliers” de salariés concernés, tandis que les analystes de TD Cowen tablaient, en janvier, sur 20.000 à 30.000 départs. Le mois dernier, le groupe fondé par Larry Ellison anticipait des frais de restructuration de 2,1 milliards de dollars, un montant supérieur au cumul des dix années précédentes.
Ces licenciements doivent permettre à Oracle, qui comptait jusqu’ici plus de 160.000 employés, de réduire ses coûts face à l’explosion de ses investissements. La société s’est fixé un objectif ambitieux: s’imposer comme un poids lourd du cloud dédié à l’intelligence artificielle générative. Pour financer cette stratégie, elle s’est endettée et a fait plonger ses flux de trésorerie dans le rouge. Elle n’est pas la première entreprise à licencier en raison d’investissements dans l’IA. Amazon a renvoyé 30.000 salariés, Microsoft 15.000. Et Meta envisagerait de séparer de 16.000 personnes.
À la recherche de cash
Début septembre, Larry Ellison savourait sa revanche. Longtemps considérée comme le symbole de ces entreprises vieillissantes de la Silicon Valley, trop occupées à préserver leurs activités historiques plutôt que s’adapter à l’évolution du marché, Oracle faisait une entrée fracassante dans l’ère de l’IA générative. Son contrat avec OpenAI est sans précédent: 300 milliards de dollars sur cinq ans. En Bourse, sa capitalisation se rapprochait alors de la barre symbolique des 1.000 milliards de dollars, faisant de son fondateur l’homme le plus riche du monde.
Depuis, l’euphorie autour d’Oracle s’est fracassée sur la réalité financière de sa stratégie. De sept milliards de dollars il y a deux ans, ses dépenses en capital devraient atteindre 50 milliards sur l’exercice en cours, qui se termine fin mai. C’est deux fois plus que le cash généré par ses activités. L’an passé, le groupe a déjà émis pour 18 milliards de dollars d’obligations. Il prévoit de lever 50 milliards supplémentaires cette année, dont la moitié par endettement. Un pari risqué alors que la rentabilité à long terme des investissements dans les GPU reste à démontrer.
Une dépendance risquée à OpenAI
Arrivé tardivement sur le marché du cloud, Oracle reste un acteur modeste, avec une part de marché de seulement 3%, selon les estimations du cabinet Synergy. Mais l’essor de l’IA générative lui ouvre de nouvelles perspectives. Grâce à des prix imbattables et de bonnes performances, son offre a déjà séduit Meta, xAI et quelques acteurs plus modestes. Il revendique un carnet de commandes de 553 milliards de dollars, supérieur à ceux d’Amazon Web Services et Microsoft. Selon les analystes, le cloud pourrait représenter plus de la moitié de son chiffre d’affaires d’ici à 2029.
Oracle s’est engagé dans la construction d’une infrastructure de 4,5 gigawatts de puissance – l’équivalent de la consommation électrique d’une ville de quatre millions d’habitants. Il lui faudra probablement aller plus loin pour honorer son accord avec OpenAI. Au-delà des incertitudes sur le retour sur investissement, un autre risque plane: plus de la moitié de son carnet de commandes reposent sur un seul client. Autrement dit, la pérennité financière de sa stratégie dépend presque entièrement de la capacité d’OpenAI à dépenser autant que prévu pour entraîner et faire tourner ses modèles.
Pour aller plus loin:
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?
– Sam Altman évoque le risque d’une bulle de l’intelligence artificielle

