Par , publié le 8 avril 2026

Pourquoi changer une équipe qui gagne ? Mardi, Broadcom a annoncé la prolongation de son partenariat avec Google pour cinq années supplémentaires. Le géant américain des semi-conducteurs produira ainsi les futures générations de TPU, les puces dédiées à l’intelligence artificielle générative conçues par le moteur de recherche. Il ne précise pas en revanche si cet accord, qui inclut également des composants réseau, est exclusif, alors que les rumeurs vont bon train ces derniers mois sur un possible rapprochement entre Google et le fabricant taïwanais MediaTek.

Cette annonce intervient au moment où le groupe de Mountain View cherche à accélérer le déploiement de ses puces, désormais perçues comme des alternatives crédibles aux cartes graphiques de Nvidia, en particulier dans l’inférence, le processus de génération de texte ou d’images. Mardi, Anthropic a ainsi annoncé qu’il allait lui acheter pour 3,5 gigawatts de puissance de calcul destinés à entraîner et faire tourner ses modèles Claude – que ce soit directement dans les premiers data centers que le rival d’OpenAI construit aux États-Unis ou indirectement sur le cloud de Google.

Entraînement de Gemini

Les TPU, pour Tensor Processing Unit, ont fêté l’an passé leur dixième anniversaire. Pour le moment, ils ne sont pas commercialisés, et restent donc exclusivement déployés dans les data centers de Google. Ils ont été conçus à l’origine pour répondre à des besoins de calcul liés au développement du machine learning – des algorithmes capables d’apprendre par eux-mêmes, qui ont progressivement infusé les produits maison, du moteur de recherche à YouTube, dans la seconde moitié des années 2010. Depuis 2018, ils sont aussi mis à disposition des clients de sa plateforme de cloud.

Avec l’essor de l’IA générative, ces puces ont été repensées pour l’entraînement et l’inférence des nouveaux modèles. L’objectif principal n’est pas tant de réduire la dépendance à Nvidia que de bénéficier de puces optimisées pour les priorités internes, tout en pouvant piloter directement les améliorations jugées stratégiques. Les TPU sont notamment utilisés pour concevoir les modèles d’IA maison, comme la dernière version de Gemini, qui affichait lors de sa sortie en novembre de meilleures performances que les modèles GPT d’OpenAI.

Des TPU bientôt en vente ?

Les avancées de Gemini témoignent des progrès de Google dans les puces. En 2022, ses TPU affichaient encore environ une génération de retard sur les GPU de Nvidia. Depuis, la société a nettement accéléré la cadence. En trois ans, elle a ainsi lancé trois nouvelles puces, multipliant à chaque fois les performances. Sur le papier, le dernier modèle, baptisé Ironwood, affiche ainsi des capacités assez proches des accélérateurs Blackwell, en termes de puissance et de mémoire. Il est aussi présenté comme particulièrement optimisé pour l’inférence, devenu le nouveau champ de bataille du secteur.

Les progrès des TPU représentent d’abord une immense opportunité commerciale pour Google Cloud. Selon The Information, l’entreprise serait notamment en négociations avec Meta, qui s’appuie jusqu’à présent sur ses propres infrastructures. Mais ses dirigeants voient encore plus grand, poursuit le site spécialisé. Ils cherchent désormais à vendre directement les TPU. Meta pourrait devenir l’un des premiers clients, déployant les puces de son rival dans ses data centers à partir de 2027. Google estime pouvoir capter 10% du marché, soit plusieurs dizaines de milliards de dollars par an.

Un soulagement pour Broadcom

Historiquement spécialisé dans les équipements réseau, Broadcom a déjà grandement profité de l’essor de l’IA générative. Son chiffre d’affaires devrait dépasser la barre des 100 milliards de dollars cette année, soit près de trois fois plus qu’en 2023. Mais le potentiel commercial le plus important pourrait venir de ses accélérateurs, appelés XPU. Leur particularité: ils sont conçus en partenariat avec chaque client pour répondre à leurs besoins. Cette approche diffère fortement de celle de Nvidia, qui commercialise des modèles standardisés, pas toujours optimisés pour toutes les tâches.

En plus du moteur de recherche, le groupe de San Jose compte trois autres clients majeurs. L’an passé, il a annoncé concevoir une première puce d’IA avec OpenAI. Il ne communique pas l’identité des deux autres, mais il s’agit probablement de Meta et ByteDance, la maison mère de TikTok. Le renouvellement du partenariat avec Google constitue un double soulagement pour Broadcom. D’une part, il évite de perdre celui qui est sans doute le principal acheteur de XPU. D’autre part, il limite le risque de migration vers MediaTek, notamment pour des raisons de coûts de production.

Pour aller plus loin:
– Nvidia opère un virage stratégique avec sa première puce dédiée à l’inférence
– OpenAI s’associe avec Broadcom pour concevoir sa propre puce d’IA


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