Par , publié le 9 avril 2026

Se sentant menacées par l’essor de l’intelligence artificielle générative, les grandes maisons de disques pensaient avoir fait le plus dur. Fin 2025, elles avaient en effet obtenu des accords à leur avantage avec plusieurs start-up du secteur, en échange de l’abandon des poursuites engagées pour violation du droit d’auteur. Cinq mois plus tard, toutefois, la principale d’entre elles, l’américaine Suno, refuse toujours de se plier à leurs exigences. Et les négociations menées avec Universal Music et Sony sont désormais dans l’impasse, rapporte le Financial Times.

Une disposition cristallise particulièrement les tensions: l’interdiction de télécharger les titres générés par les utilisateurs de la plateforme. L’an passé, Universal avait obtenu gain de cause auprès d’Udio, principale rivale de Suno. La major, qui représente Taylor Swift, Drake, Adele, Elton John ou encore U2, exige les mêmes garanties. Son objectif: empêcher que ces morceaux soient ensuite diffusés sur les plateformes de streaming pour engranger des royalties au détriment des artistes – et donc des maisons de disques. Une condition que Suno refuse.

40% de chansons générées par l’IA

Depuis deux ans, l’essor de l’IA générative inquiète l’industrie du disque. Les offres de streaming sont déjà inondées d’innombrables chansons créées avec Suno, Udio et autres outils capables de reproduire des voix, d’écrire des paroles et de composer des mélodies. Sur Deezer, par exemple, elles représentent désormais 39% des nouveaux morceaux ajoutés au catalogue, contre seulement 10% début 2025. Elles captent également une part croissante de l’audience: 3% du temps d’écoute, contre seulement 0,5% il y a six mois, indique la plateforme française.

Face à cette menace, le premier réflexe des maisons de disques a été de saisir la justice. Mais leurs plaintes se heurtent à un vide juridique: les droits d’auteur n’interdisent pas à un modèle d’IA de s’inspirer d’un artiste pour écrire des paroles ou composer une mélodie. C’est le principe de fair use, qui semble autoriser un “usage raisonnable” de chansons protégées pour en créer de nouvelles. Les majors ont donc revu leur stratégie: elles ne cherchent plus à lutter contre un changement qui apparaît inéluctable, mais à l’accompagner afin d’en capter une grande partie de la valeur.

Mécontentement des utilisateurs

Fin novembre, Suno a déjà trouvé un accord avec Warner Music, qui compte Dua Lipa, Coldplay et Ed Sheeran dans son portefeuille. La start-up a obtenu le droit d’entraîner ses futurs modèles sur une partie du catalogue de la major américaine. Ses utilisateurs pourront également créer des titres en reproduisant la voix d’un interprète ou en remixant des chansons existantes. En échange, les artistes qui accepteront de participer à cette nouvelle phase seront rémunérés, percevant, selon des conditions encore inconnues, une part des abonnements vendus par Suno.

Ses dirigeants s’opposent en revanche à l’interdiction de téléchargement, qui limiterait considérablement le potentiel commercial. Ils ont pu constater la vague de mécontentement provoquée par les concessions d’Udio à Universal et Warner – une situation dont Suno a profité pour atteindre deux millions d’abonnés, générant des revenus de 300 millions de dollars en rythme annualisé. La société, qui vient de lever 250 millions de dollars, propose simplement de limiter cette option aux abonnés payants. Sans accord, toutefois, elle s’expose à d’importants dommages et intérêts.

Pour aller plus loin:
– Pourquoi l’accord entre Universal et Udio marque un tournant
Vers la fin programmée du streaming gratuit ?


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