“Nous traversons un moment charnière”. C’est ainsi qu’Evan Spiegel justifie le nouveau plan social de Snap, le troisième en seulement quatre ans. Mercredi, la maison mère de Snapchat a annoncé la suppression d’environ 1.000 postes, dont 16% de ses employés à temps plein. Parallèlement, 300 postes ouverts au recrutement ne seront finalement pas pourvus. En revanche, des embauches sont prévues au sein de la division dédiée aux Spectacles, ses lunettes de réalité augmentée, dont le lancement est attendu cette année, rapporte la newsletter Sources.
Le patron de Snap invoque les progrès de l’intelligence artificielle, qui permettent à de “petites équipes d’avancer de manière significative” – un argument devenu récurrent, en remplacement du traditionnel impératif “d’agilité”. De fait, ces licenciements doivent surtout générer d’importantes économies. Snap les chiffre à 500 millions de dollars par an. De quoi “établir une trajectoire plus claire vers la rentabilité”, assure Evan Spiegel. L’an passé, le groupe a accusé une perte nette de 460 millions de dollars. Depuis sa création en 2011, il n’a jamais dégagé de bénéfice annuel.
Investir dans les lunettes
Le plan social pourrait aussi s’expliquer par l’échec de l’accord commercial annoncé en novembre avec Perplexity. La start-up d’IA devait verser 400 millions de dollars à Snap, dont une partie en actions, pour devenir, pendant un an, le moteur de recherche par défaut de l’application au fantôme jaune. Mais les dernières négociations sur les conditions de ce partenariat ont échoué, indique Sources. Ce revirement pourrait s’inscrire dans le pivot stratégique opéré ces derniers mois par Perplexity, qui semble délaisser la recherche dopée à l’IA au profit du développement d’agents.
Grâce à ces économies, Snap entend accélérer ses investissements dans les lunettes, un marché jugé prometteur dans le sillage du succès des montures lancées par Meta. Début janvier, la société a créé une filiale, Spec, entièrement dédiée aux Spectacles. L’objectif: lui offrir une plus grande autonomie opérationnelle, tout en créant une nouvelle marque distincte. Cette structure pourrait faciliter l’entrée d’investisseurs extérieurs, afin de financer la recherche et le développement, à l’image de ce qu’a fait Google avec Waymo, sa filiale dédiée aux voitures autonomes.
Échecs commerciaux
Un tel soutien financier ne serait pas superflu. Confronté à la baisse de son cours de Bourse et à une croissance moins soutenue qu’espérée, Snap a été contrainte de réduire la voilure dans la réalité augmentée, un segment sur lequel elle investit depuis près de dix ans mais qui tardait à porter ses fruits, aussi bien en termes d’audience que de chiffre d’affaires. Depuis, le contexte a changé. D’une part, les avancées technologiques rapprochent l’entreprise d’un lancement commercial. D’autre part, les Meta Ray-Ban semblent démontrer qu’un marché existe.
À l’automne 2024, Snap avait présenté un deuxième prototype de lunettes de réalité augmentée, que les développeurs pouvaient louer pour 99 dollars par mois. Ce prototype peinait toutefois à tenir la comparaison avec celui présenté par Meta à peine une semaine plus tard, notamment en termes de taille et de design. L’entreprise assure que le modèle commercial sera plus léger et plus fin. Si le lancement a bien lieu cette année, elle pourrait devancer sa grande rivale. Mais Snap aura fort à prouver: les précédents modèles de Spectacles, lancés à partir de 2016, ont tous échoué.
Pour aller plus loin:
– Meta dévoile ses premières lunettes équipées d’un écran
– Grâce à l’IA, les lunettes connectées deviennent tendance

