Par , publié le 16 avril 2026

Après deux ans et demi de progression, le marché des smartphones repart nettement à la baisse. Au premier trimestre, les ventes aux distributeurs ont reculé de 4,1%, selon les estimations d’IDC. En cause notamment: la hausse des prix, particulièrement sur le segment d’entrée en gamme, sous l’effet de l’envolée du coût des puces mémoire. “Ce n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend”, prévient l’analyste Anthony Scarsella. Sur l’ensemble de l’année, le cabinet anticipe une chute historique de 12,9%, qui ramènerait le marché à son plus bas niveau depuis 2013.

Le repli touche surtout les trois principales marques chinoises. Les livraisons de Xiaomi ont chuté de 19%, celles d’Oppo de 10% et celles de Vivo de 7%. Elles pâtissent de leur exposition aux marchés émergents. Les prix y ont bondi de 40% à 50%, souligne IDC, et certains appareils ne sont plus commercialisés. À l’inverse, Apple et Samsung affichent une hausse modeste de leurs ventes, portées par le succès de l’iPhone 17 et du Galaxy S26. Le groupe sud-coréen apparaît toutefois plus exposé que le géant américain en raison d’un catalogue allant jusqu’à l’entrée de gamme.

La faute à l’IA

Comme d’autres secteurs, le marché des smartphones subit le développement effréné des infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle générative. Cette puissance de calcul supplémentaire ne nécessite pas seulement des cartes graphiques, mais aussi de la mémoire. Pour répondre à cette demande exponentielle, les trois géants du secteur – les coréens SK Hynix et Samsung, et l’américain Micron – ont réorienté une partie de leurs lignes de production vers ces composants plus lucratifs, au détriment des mémoires DRAM et NAND destinées aux smartphones, PC et consoles de jeux.

Selon le cabinet TrendForce, 70% de la production de mémoires est désormais dédiée à l’IA. Conséquence: les tarifs des autres composants s’envolent. Sur les trois premiers mois de l’année, les prix des puces DRAM ont quasiment doublé. Ils devraient encore grimper de 60% au deuxième trimestre. Face à cette situation, les fabricants prévoient bien d’augmenter leurs capacités. Mais leurs nouvelles lignes de production ne seront pas opérationnelles avant 2027 ou 2028. Et rien ne garantit qu’elles ne soient pas consacrées principalement, voire intégralement, aux mémoires pour l’IA.

Arbitrage à venir

“Si les prix devraient se stabiliser mi‑2027, il est peu probable qu’ils retrouvent leurs niveaux antérieurs”, souligne Nabila Popal, analyste chez IDC. Le marché pourrait ainsi connaître une “réinitialisation structurelle”, marquée notamment par la disparition des smartphones à moins de 100 dollars. Environ 170 millions d’appareils vendus par an pourraient disparaître. Les autres segments ne seront pas épargnés, alors que les puces mémoire représentent historiquement entre 15% et 20% du coût des composants pour le milieu de gamme, et entre 10% et 15% pour le haut de gamme.

Pour l’instant, les ventes de ces smartphones restent relativement préservées. Les grandes marques continuent de s’appuyer sur leurs stocks et sur des contrats précédemment signés à prix fixes. Mais ce répit touche déjà à sa fin. Samsung vient, par exemple, de relever les prix de plusieurs modèles. Plus la situation perdure et plus les fabricants devront arbitrer entre une hausse des tarifs et une contraction de leurs marges. Certains pourraient également choisir de limiter, voire de réduire, certaines caractéristiques techniques. “Ils vont devoir se réinventer”, estime Nabila Popal.

Pour aller plus loin:
– La pénurie de puces mémoire fait bondir les profits de Samsung et SK Hynix
– Pourquoi Apple ne souffre pas (encore ?) de son retard dans l’IA


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