Par , publié le 20 avril 2026

John Ternus est l’un des hauts dirigeants les moins connus d’Apple. Pourtant, il sera bien le prochain directeur général. Lundi, après plusieurs mois de rumeurs, le groupe à la pomme a officialisé sa nomination à ce poste. Il remplacera ainsi Tim Cook, aux commandes depuis 2011, qui deviendra président exécutif du conseil d’administration. La passation de pouvoir sera effective le 1er septembre. Elle interviendra à un moment charnière: en retard dans l’intelligence artificielle générative, Apple doit prouver sa capacité à rester dans la course.

Arrivé à Cupertino en 2001, John Ternus est aujourd’hui responsable de l’ingénierie matérielle, chargé de la conception des iPhone, Mac et autres produits de la marque. Selon Bloomberg, il a vu ses responsabilités élargies fin 2025. Il supervise désormais l’ensemble du design, aussi bien matériel que logiciel. Un rôle stratégique, longtemps occupé par Jony Ive, puis par Jeff Williams, un temps présenté comme futur patron avant son départ à la retraite l’été dernier. John Ternus s’était depuis imposé comme le favori pour succéder à Tim Cook.

Manque d’innovation ?

Recruté en 1998 par Steve Jobs, tout juste revenu aux commandes d’Apple, Tim Cook n’est pas un profil technique. Ancien cadre d’IBM, il est avant tout un opérationnel. Il a notamment réorganisé la chaîne logistique en Chine, permettant de produire des dizaines, puis des centaines de millions d’appareils par an. Nommé à la tête des opérations en 2007, il a ensuite assuré à plusieurs reprises l’intérim en tant que directeur général, avant de prendre définitivement le poste à l’été 2011, succédant au fondateur du groupe, alors gravement malade et qui décédera deux mois plus tard.

Depuis quinze ans, le mandat de Tim Cook s’inscrit à l’ombre de Steve Jobs. Ses détracteurs lui reprochent un manque de vision, symbolisé par l’absence d’innovation dans les produits. Son pari le plus audacieux, le Vision Pro, a été un échec commercial. Avant cela, Apple avait aussi abandonné son projet de voiture électrique autonome. Mais le dirigeant a su maintenir la formidable croissance du groupe, notamment grâce à une offensive dans les services. Depuis 2011, le chiffre d’affaires et les profits ont été multipliés par quatre, tandis que la capitalisation boursière a été décuplée.

Le bilan de Tim Cook pourrait se jouer au cours des prochains mois. Parti en retard dans l’IA, l’entreprise a dû repousser le lancement du nouveau Siri, présenté en grande pompe en juin 2024. Début janvier, elle a officialisé un partenariat avec Google pour utiliser une version personnalisée de Gemini, le modèle d’IA conçu par le moteur de recherche. Si elle constitue un aveu d’échec, cette décision est aussi pragmatique: elle permet à Apple d’avancer en attendant de pouvoir développer ses propres modèles en interne. Encore retardée, la refonte de Siri est attendue cette année.

Penser à l’après-smartphone

John Ternus présente un profil totalement différent de Tim Cook. Ingénieur de formation, il a gravi tous les échelons au sein des équipes d’ingénierie matérielle. En 2020, il prend les commandes de la conception de l’iPhone, puis, l’année suivante, de l’ensemble du portefeuille de la marque. Moins médiatique que d’autres dirigeants, il occupait de plus en plus de place lors des keynotes d’Apple – en septembre, il avait, par exemple, présenté le nouvel iPhone Air. En lui confiant également la responsabilité du design, Tim Cook l’avait placé encore davantage au centre du jeu.

S’il figurait en pole position, John Ternus n’était pas le seul en lice. Les médiatiques Craig Federighi, responsable de l’ingénierie logicielle, et Eddy Cue, patron des services, faisaient aussi partie des candidats crédibles. Tout comme Greg Joswiak, qui supervise le marketing, et Deirdre O’Brien, à la tête des Apple Store. Selon Bloomberg, c’est toutefois le directeur des opérations Sabih Khan qui incarnait l’alternative la plus sérieuse. Pur produit maison, il a été nommé à ce poste l’été dernier. Une fonction qu’avaient occupée avant lui Tim Cook puis Jeff Williams.

Apple ne devait pas seulement trancher entre deux profils s’inscrivant dans une forme de continuité, mais aussi entre deux orientations stratégiques. D’un côté, une logique de croissance opérationnelle, incarnée par Sabih Khan, dans le sillage de Tim Cook. De l’autre, une orientation davantage tournée vers l’innovation technologique, portée par John Ternus. Le choix de l’entreprise a sans doute été guidé par la prochaine révolution qu’elle devra bientôt affronter: celle des terminaux eux-mêmes. Plusieurs acteurs, dont OpenAI, qui a recruté Jony Ive, travaillent déjà sur l’après-smartphone.

Pour aller plus loin:
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