Par , publié le 5 mai 2026

Sam Altman contre Elon Musk. C’est l’affiche du très médiatique procès qui s’est ouvert la semaine dernière devant un tribunal d’Oakland. D’un côté, le patron d’OpenAI, qui a lancé la révolution de l’intelligence artificielle générative. De l’autre, la première fortune mondiale qui a financé les premières années d’existence du concepteur de ChatGPT, avec lequel il est désormais en compétition. Le second accuse le premier d’avoir mis en place une supercherie d’une “ampleur shakespearienne”. Il exige son départ ainsi qu’une refonte du statut juridique d’OpenAI.

Elon Musk aux origines d’OpenAI

Si l’affaire a débuté en 2024, ses racines remontent à la création de l’entreprise neuf ans plus tôt. À l’origine, OpenAI est un laboratoire de recherche à but non lucratif, soutenu par de grands noms de la Silicon Valley. Sa mission: développer une IA devant bénéficier à l’humanité sans être dictée par une logique de profit. Avec 38 millions de dollars injectés au cours des premières années, Elon Musk est son principal pourvoyeur de fonds. Mais il claque la porte en 2018, à la fois opposé à un rapprochement commercial avec Microsoft et en conflit ouvert avec Sam Altman sur la gouvernance.

L’année suivante, OpenAI crée une nouvelle entité: une filiale commerciale à “but lucratif plafonné”, dans laquelle investit massivement le géant de Redmond. D’abord, un milliard de dollars en 2019, puis douze milliards supplémentaires quatre ans plus tard, dont une grande partie sous forme de crédits cloud. En échange, il s’assure de récupérer la majorité des profits jusqu’à un certain montant – le reste revenant à la fondation caritative d’OpenAI. Un changement justifié par la nécessité d’obtenir des capitaux et de la puissance informatique pour entraîner les grands modèles de langage.

Injonction refusée

Pendant plusieurs années, Elon Musk ne conteste pas publiquement ce choix. La situation évolue en 2024, lorsque l’entreprise souhaite abandonner son modèle hybride, au profit d’un nouveau statut lucratif, sans aucun plafond sur les profits. Cette évolution est, là encore, dictée par des impératifs financiers: Microsoft ne veut plus lui fournir les milliards de dollars dont elle a besoin. OpenAI doit donc séduire de nouveaux investisseurs, mais sa précédente structure rend impossible toute possibilité de plus-values et complique fortement une éventuelle introduction en Bourse.

Elon Musk saisit alors la justice américaine pour réclamer une injonction bloquant ce changement de statut dans l’attente d’un procès. Mais il n’obtient pas gain de cause. OpenAI finalise ainsi son projet fin 2025, après un accord avec Microsoft. Sous la pression des autorités du Delaware et de Californie, la société est toutefois contrainte de modifier ses plans: si le plafonnement des profits est bien abandonné, la structure à but non lucratif est, elle, maintenue. Un compromis qui ne satisfait pas Elon Musk, qui maintient sa plainte contre l’entreprise, Sam Altman et Microsoft.

“J’ai été un idiot”

Pour le milliardaire, OpenAI s’est rendue coupable de fraude, en levant des fonds en tant qu’organisation à but non lucratif, tout en poursuivant dès le départ un objectif dissimulé de profits à long terme. “Avec le recul, j’ai été littéralement un idiot”, a-t-il lancé à la barre. Elon Musk met aussi en garde contre un précédent dangereux. Selon lui, d’autres start-up auront intérêt à se lancer sous statut caritatif, en remplaçant des levées de fonds par des dons déductibles des impôts pour financer leur développement, puis à basculer vers un modèle lucratif quand les premiers profits arrivent.

Initialement, Elon Musk réclamait plus de 100 milliards de dollars de dommages et intérêts. Il demande désormais qu’OpenAI et Microsoft versent une somme importante à la branche caritative. Le patron de Tesla et SpaceX exige aussi le départ forcé de Sam Altman et Greg Brockman, le président de l’entreprise, ainsi que l’abandon du statut à but lucratif. Dès le départ, ses chances de succès apparaissaient limitées, alors qu’OpenAI soulignait une procédure destinée à freiner les avancées d’un concurrent. Elles semblent l’être encore davantage à l’issue de son premier passage à la barre.

Pour aller plus loin:
– Terafab, le projet (irréalisable ?) d’Elon Musk pour produire des puces dédiées à l’IA
– L’improbable fusion entre SpaceX et xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk


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