Par , publié le 2 septembre 2020

Dix-sept années d’existence et toujours pas le moindre profit. Ce n’est pas une surprise: Palantir a confirmé la semaine dernière, dans son prospectus d’introduction en Bourse, qu’il n’avait toujours pas atteint la rentabilité. Ce qui étonne, en revanche, c’est l’ampleur de ses pertes, bien plus importantes que les chiffres relayés l’an passé par l’agence Bloomberg. En 2019, la société américaine, spécialisée dans l’analyse de gigantesques quantités de données et connue pour ses liens historiques avec la CIA, a en effet accusé un déficit de 580 millions de dollars (486 millions d’euros), pour un chiffre d’affaires de 743 millions.

Logiciel adapté à chaque client – Ces pertes persistantes s’expliquent en partie par le modèle de Palantir, hérité de ses premiers pas auprès de la CIA. Contrairement aux autres éditeurs de logiciels, l’entreprise ne conçoit pas une seule suite d’outils pour l’ensemble de ses clients. Mais elle développe des applications adaptées aux besoins de chacun. Pour cela, Palantir déploie des dizaines de data scientists et d’ingénieurs informatiques sur place. En interne, on les appelle les Echo et les Delta. Ils y restent plusieurs mois, voire même plusieurs années. Autant de dépenses qui s’accumulent, avant même que le client ne commence à payer une licence d’exploitation. L’an passé, les clients dit “en acquisition” n’ont ainsi représenté que 600.000 dollars de chiffre d’affaires, tout en générant 65 millions de dollars de pertes.

Croissance limitée – Ce modèle atypique n’est pas seulement une source importante de coûts: il ampute aussi sévèrement la croissance de la société, limitée par la capacité de sa main d’oeuvre à déployer sa technologie (Palantir ne permet en effet pas à des prestataires extérieurs de le faire à sa place). Fin juin, elle ne comptait ainsi que 125 clients. De gros clients, certes, payant en moyenne près de 6 millions de dollars par an pour accéder à Gotham, le logiciel historique qui a fait sa renommée, et Foundry, son petit frère, davantage pensé pour les entreprises. En 2019, le chiffre d’affaires de Palantir n’a cependant progressé que de 25%, un rythme de croisière relativement faible comparé à la croissance affichée par les autres éditeurs de logiciels qui s’apprêtent à entrer en Bourse.

Fidélité des clients – Pour défendre son modèle, Palantir met en avant la fidélité de ses clients, qui lui permet d’amortir sur la durée ses dépenses initiales. Les contrats signés avec les utilisateurs les plus anciens, pour lesquels la plus grande partie du développement a déjà été effectuée, affichent ainsi de confortables marges. Dans le même temps, l’entreprise se félicite d’avoir “significativement” abaissé les délais et le nombre d’ingénieurs nécessaires pour déployer ses outils, en particulier pour Foundry. Ce qui se traduit par une amélioration de ses résultats. De fait, les pertes, encore élevées, ont reculé de plus de 40% au premier semestre 2020. Suffisant pour obtenir la valorisation de 41 milliards de dollars un temps espérée par ses dirigeants ?


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