La French Tech reste toujours un “boys club”

Par , publié le 18 mars 2022

C’est une photo qui en dit long. Dans son édition de la semaine, Paris Match consacre un article à onze entrepreneurs à l’origine de licornes. Dix hommes et une seule femme, Sophie Hersan, l’une des fondatrices de Vestiaire Collective. En matière de mixité, la French Tech ne fait en effet pas beaucoup mieux que d’autres secteurs d’activité. À vrai dire, ce cliché est même plus flatteur que la triste réalité. Sur les 23 licornes françaises, seulement deux n’ont pas été lancées par une équipe entièrement masculine – Vestiaire Collective, donc, et Ledger. Et en élargissant aux 120 start-up qui composent le French Tech 120, on ne dénombre que 14 patronnes ou fondatrices.

Financement – Dans son baromètre publié début mars, le collectif Sista note bien quelques légers signes d’amélioration. Près de 25% des start-up créées l’an passé comptent au moins une femme dans leur équipe, quasiment deux fois plus qu’il y a huit ans. Elles parviennent même à récolter légèrement plus que les autres lors des premiers tours de table. Mais l’étude souligne aussi des disparités toujours abyssales en matière de financement. Les jeunes pousses fondées par des hommes s’accaparent 88% des sommes levées. Et aucune entreprise féminine n’a levé plus de 50 millions d’euros. Pour les fondatrices, la meilleure façon de réussir reste encore de s’associer avec un homme. Ce que font 70% d’entre elles.

Networking – Derrière ces chiffres, il y a d’abord une réalité statistique: les femmes entreprennent moins que les hommes. Et encore plus dans le secteur technologique. Les causes sont sociétales, souvent inconscientes. Mais ce constat ne peut pas tout expliquer. La situation est aggravée par un écosystème dominé par les hommes. Un “boys club” dans lequel le networking joue un rôle important. Au sein des fonds de capital-risque, les femmes sont encore peu nombreuses. Les investisseurs ont tendance, consciemment ou pas, à privilégier les hommes aux pitchs souvent plus agressifs. Ou à davantage interroger les femmes sur leur capacité à concilier vie privée et vie professionnelle.

Salaires – La faible mixité de la French Tech ne se constate pas seulement à la tête des start-up. Les femmes représentent moins de 40% des employés, environ 30% des managers et moins de 20% des ingénieurs et développeurs. Cette sous-représentation se retrouve dans les écoles informatiques, qui restent, malgré des améliorations, très largement masculines.“Les filles sont moins exposées à un discours positif sur le métier d’expert informatique de la part de leur entourage”, souligne une étude publiée l’an passé par Ipsos. Les inégalités sont aussi salariales. En moyenne, les femmes sont payées 4% de moins que les hommes à poste comparable, selon une étude menée par Figures.

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