Comment la Bourse de Paris espère séduire la French Tech

Par , publié le 17 juin 2022

Un Nasdaq à l’européenne. Les comparaisons n’ont pas tardé après l’annonce, début juin, du lancement d’Euronext Tech Leaders, un nouvel indice regroupant une centaine de sociétés technologiques européennes. Cette initiative vise notamment à préparer la prochaine vague d’introduction en Bourse, particulièrement attendue en France pour concrétiser la montée en puissance de l’écosystème tricolore. L’objectif est double. D’abord, créer les conditions nécessaires à la réussite de ces opérations, pour déclencher un cercle vertueux. Ensuite,“éviter la fuite des sociétés qui seraient attirées par une cotation aux États-Unis”, résume Mathieu Caron, responsable des cotations chez Euronext, qui gère sept places boursières en Europe, dont celle de Paris.

Le précédent Criteo – Depuis ses débuts, la French Tech a encore généré très peu de groupes cotés. Mais une introduction a fortement marqué les esprits: celle de Criteo, le spécialiste du reciblage publicitaire, qui avait choisi en 2013 le Nasdaq. L’an passé, OVHcloud, Believe et Exclusive Networks ont choisi Paris pour effectuer leurs débuts boursiers, pour un bilan plutôt mitigé. Rien n’est donc gagné d’avance: la tentation new-yorkaise sera certainement grande pour les futurs candidats, notamment pour les sociétés qui réalisent une part importante de leur activité aux Etats-Unis. Au-delà du prestige, être coté sur le Nasdaq ou sur le New York Stock Exchange renforcera bien davantage leur crédibilité auprès de potentiels clients et partenaires.

Frilosité des investisseurs – Surtout, les marchés new-yorkais pourraient leur permettre d’obtenir des conditions d’introduction beaucoup plus avantageuses. Les investisseurs américains sont plus enclins à parier sur des groupes technologiques déficitaires, quand leurs homologues européens sont réputés plus frileux. Lors de son entrée en Bourse en octobre dernier, la capitalisation d’OVH était ainsi deux fois moins importante que celle de DigitalOcean, une société américaine utilisée en interne comme un point de comparaison, et qui affiche pourtant des résultats financiers inférieurs. Le problème n’est pas que français. À Londres, l’IPO de Deliveroo a mal tourné, quand son rival américain Doordash avait été accueilli en fanfare à New York. Et même les géants chinois, comme Alibaba, Tencent et plus récemment Didi, ont choisi les Etats-Unis.

Fonds publics – Une cotation européenne présente bien quelques avantages: un coût moins important, une visibilité plus forte auprès des investisseurs particuliers et l’accès plus facile à un indice – ce qui se traduit mécaniquement par un soutien du cours boursier. Avec Tech Leaders, Euronext espère renforcer ces deux derniers arguments, en “fléchant les investissements vers les entreprises technologiques”, souligne Mathieu Caron, notamment grâce à de futurs fonds indiciels. L’initiative pourra aussi compter sur le soutien financier de la Caisse de dépôts, qui mobilisera 1,5 milliard d’euros sur cinq ans pour investir dans les prochaines IPO françaises. Bpifrance apportera de son côté 500 millions de plus. Enfin, un programme d’accompagnement, composé de conférences et de mentoring, doit permettre aux start-up de mieux préparer leur arrivée sur les marchés.

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