Pourquoi l’introduction en Bourse de Deezer a fait pschitt

Par , publié le 8 juillet 2022

Malgré les discours rassurants des dirigeants de Deezer, il ne fallait pas s’attendre à un miracle. Et il n’y a pas eu de miracle. Mardi, pour sa première journée de cotation à la Bourse de Paris, l’action du spécialiste français du streaming musical a plongé de 29%. Une chute qui s’est encore aggravée au cours des deux séances suivantes. Et qui avait été précédée par une autre déception: dans l’opération, Deezer a récolté beaucoup moins d’argent qu’espéré. Ce double échec s’explique en partie par des conditions de marché particulièrement défavorables. Mais il illustre également les difficultés de la French Tech à séduire des investisseurs réputés pour leur frilosité devant des entreprises technologiques encore déficitaires.

166 millions levés – Sept ans après une première tentative avortée à la dernière minute, Deezer avait choisi d’entrer en Bourse en fusionnant avec une SPAC, un véhicule d’investissement qui permet d’accéder plus facilement et plus rapidement aux marchés. L’opération, officialisée mi-avril, aurait dû lui permettre de lever plus de 410 millions d’euros. Une somme conséquente pour atteindre d’ambitieux objectifs financiers, malgré la concurrence des poids lourds du secteur. Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Si les actionnaires historiques de Deezer ont bien versé les 143 millions promis, les investisseurs de la SPAC ont massivement fui. Sur les 275 millions espérés, seulement 23 millions ont finalement atterri dans les caisses de la société.

Valorisation trop élevée – Car le plongeon boursier était attendu, tant la capitalisation retenue était beaucoup trop élevée. À 1,05 milliard d’euros, elle valorisait en effet Deezer à 2,3 fois le chiffre d’affaires anticipé en 2022, contre 1,7 fois pour Spotify. La société a payé trois éléments. D’abord, la volonté de ne pas afficher une décote trop importante par rapport à sa dernière valorisation, lors de l’entrée du groupe mexicain Azteca dans le capital en 2020. Ensuite, le plongeon des valeurs technologiques depuis avril – sur cette période, l’action de Spotify a chuté de plus de 20%. Enfin, le fait qu’une fusion avec une SPAC ne permet pas d’ajuster le prix d’introduction, comme l’avait fait l’an passé OVHcloud, qui aurait permis de limiter la chute des premiers jours.

Rentable en 2025 ? – Au-delà, ce sont aussi les performances et les perspectives de Deezer qui ont été sanctionnées. La plateforme française, désormais valorisée à moins de 1,4 fois son chiffre d’affaires, reste un tout petit acteur du streaming musical, qui ne cesse de perdre des parts de marché face à Spotify, Apple ou encore Amazon. Ses dirigeants ont bien tenté de présenter l’introduction en Bourse comme un nouvel élan, devant permettre d’accélérer la croissance. Ils ont bien vanté le mérite de leur stratégie de partenariats avec Orange en France, TIM au Brésil et bientôt RTL en Allemagne. Et ils ont bien promis la rentabilité d’ici à 2025. Cela n’a pas suffi pour rassurer les investisseurs… qui lancent ainsi un avertissement aux autres sociétés de la French Tech.

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