Par , publié le 6 novembre 2025

“Une proposition formidable”. Après des années de bataille judiciaire, Tim Sweeney a définitivement fait plier Google. Mercredi, le moteur de recherche a officialisé un accord à l’amiable avec Epic Games, l’éditeur du populaire jeu vidéo Fortnite. Il s’engage notamment à faciliter l’installation de boutiques tierces d’applications sur son système Android et à réduire les commissions prélevées sur les achats et abonnements. Un arrangement qui accroît la pression sur Apple, toujours en conflit avec Epic.

Sur certains points, cet accord, qui doit encore être validé par le juge chargé du dossier, va encore plus loin que les mesures correctives imposées l’an passé. Il s’étendra jusqu’en 2032, bien au-delà des trois années initialement prévues. Et il s’appliquera, au moins en partie, à l’échelle mondiale, et non plus seulement aux États-Unis. Le géant de Mountain View conserve toutefois l’essentiel: des commissions pouvant être comprises entre 9% et 25%, pas si éloignées des taux actuels de 15% et 30%.

Pratiques anticoncurrentielles

Fin 2023, au terme d’une longue procédure, la justice américaine avait estimé que Google avait bien mis en place des pratiques anticoncurrentielles pour empêcher l’émergence de véritables rivaux à sa boutique d’applications Play Store, lui permettant de préserver ses lucratives commissions. La victoire d’Epic était cependant inattendue, car la société avait échoué, à deux reprises, à faire condamner Apple. Elle ne réclamait pas de compensation financière, mais uniquement des changements.

L’an passé, le juge avait suivi en grande partie les demandes d’Epic, imposant une série de mesures très larges, allant même plus loin que le Digital Markets Act européen. Celles-ci visaient à favoriser “l’arrivée et la croissance de concurrents au Play Store” et à atténuer les effets de réseau dont bénéficie “injustement” le magasin de Google. Le mois dernier, la Cour suprême des États-Unis avait refusé de suspendre l’application de ce verdict, dans l’attente de l’issue de la procédure d’appel.

Boutiques alternatives sur le Play Store

Concrètement, l’arrangement à l’amiable prévoit que des boutiques alternatives pourront être téléchargées directement depuis le Play Store, partout dans le monde. Cela simplifiera considérablement un processus d’installation jusqu’ici complexe, qui consolidait de facto le quasi-monopole de Google dans la distribution d’applications. En revanche, la société ne sera pas obligée de partager l’ensemble de son catalogue avec les autres magasins, contrairement à ce que le juge souhaitait imposer.

Pour les applications téléchargées depuis le Play Store, Google a ramené ses commissions à 9% ou 20%, selon des modalités qui ne sont pas précisées. Ce taux pourra être revu à la baisse en fonction des “conditions de concurrence”. Le moteur de recherche appliquera également des frais de transaction de 5%. Mais les développeurs pourront y échapper en recourant à d’autres systèmes de paiement que celui de Google, ou en redirigeant leurs utilisateurs vers un site Web pour finaliser leurs achats.

Google limite les dégâts

L’entreprise va aussi mettre fin aux pratiques qui ont été jugées anticoncurrentielles, mais seulement aux États-Unis. Elle ne pourra plus conclure d’accords financiers avec les opérateurs mobiles ou les fabricants de smartphones pour empêcher la préinstallation de boutiques rivales, ni pour afficher l’icône du Play Store à un emplacement stratégique. De plus, elle ne pourra plus rémunérer les développeurs afin qu’ils distribuent leurs applications exclusivement sur sa boutique.

Contraint de s’adapter après sa condamnation, Google semble avoir réussi à limiter l’ampleur des changements. L’impact potentiel sur son chiffre d’affaires – et sur les profits, tant le Play Store affiche des marges très élevées – est difficile à évaluer. Il dépendra de l’adoption des boutiques tierces par les utilisateurs des smartphones Android, déjà habitués au Play Store. Mais aussi par les développeurs, qui n’y trouveront pas forcément des conditions financières beaucoup plus avantageuses.

Pour aller plus loin:
– Comment Tim Sweeney a vaincu Apple et Google
– Face à Epic, Apple concède une défaite judiciaire retentissante


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