Par , publié le 10 novembre 2025

Cela ressemble à un aveu d’échec – au moins provisoire. En difficultés dans la course à l’intelligence artificielle générative, Apple s’apprête à faire appel à Google, moyennant un chèque d’un milliard de dollars par an. Selon l’agence Bloomberg, le groupe à la pomme devrait bientôt intégrer un modèle d’IA spécialement conçu par le moteur de recherche au sein de Siri. Annoncée il y a un an et demi mais repoussée en début d’année, la nouvelle version de l’assistant vocal est désormais attendue au printemps.

Concrètement, ce modèle personnalisé de Gemini, l’IA de Google, prendra en charge les tâches les plus complexes, comme la recherche d’informations spécifiques dans les SMS ou les e-mails. Bien plus puissant que le modèle actuellement utilisé par Siri, celui-ci ne fonctionnera pas en local, mais depuis des serveurs cloud d’Apple. Une connexion Internet sera donc indispensable. Cet accord ne signe pas pour autant l’abandon des ambitions d’Apple dans l’IA, malgré plusieurs départs importants vers Meta.

Revirement stratégique

Le recours à Google marque un revirement stratégique majeur pour Apple, qui refusait jusqu’ici d’utiliser des modèles de langage existants, comme Gemini ou GPT d’OpenAI. Une option qui lui aurait pourtant permis d’accélérer la refonte de Siri. La société de Cupertino souhaitait développer sa propre IA, afin de maîtriser pleinement l’expérience utilisateur, tout en évitant de dépendre – et de rémunérer – un partenaire. Mais concevoir un modèle performant reste une tâche particulièrement longue et difficile.

D’autant plus qu’Apple s’était imposé une deuxième contrainte: le nouveau Siri devait fonctionner en local, c’est-à-dire en exploitant uniquement le processeur de l’iPhone sans recourir à du calcul supplémentaire dans le cloud. L’intérêt devait être double: permettre un usage hors connexion et ne pas nécessiter une immense infrastructure informatique. La contrepartie était de taille. La puissance disponible était nettement inférieure, limitant la capacité de l’assistant à traiter des requêtes complexes.

Changement de responsable

Si ses dirigeants s’en défendent, Apple ne semble pas avoir anticipé les conséquences de l’essor de l’IA générative, accumulant un retard considérable sur OpenAI ou Google. Sous pression pour démontrer sa capacité à suivre la cadence, la marque a promis une version nettement améliorée de Siri, lors de sa conférence WWDC en juin 2024. En réalité, les fonctionnalités dévoilées ce jour-là n’étaient pas opérationnelles. Plus d’un an plus tard, elles ne le sont toujours pas. Elles le seront peut-être jamais.

Face à ce constat d’échec, Tim Cook a rapidement réagi. Après le report du lancement du nouveau Siri en mars, il a retiré le projet des mains de John Giannandrea, le patron historique de l’IA, pour le confier à Mike Rockwell, jusqu’alors responsable du casque Vision Pro. Depuis, Apple est reparti d’une feuille blanche, suivant deux voies parallèles: sceller un partenariat avec un acteur déjà établi – Anthropic faisait aussi partie des options envisagées – tout en poursuivant le développement de ses propres modèles.

Pas de conséquences ?

En s’associant à Google, Apple cherche avant tout à gagner du temps pour lancer au plus vite la nouvelle version de Siri. L’enjeu est surtout symbolique: il s’agit davantage de redorer son image de marque que de répondre à une véritable urgence commerciale. Pour l’heure, les fonctions d’IA ne constituent pas un critère déterminant dans les décisions d’achat pour l’immense majorité des consommateurs. D’ailleurs, les ventes d’iPhone sont en hausse depuis la sortie, mi-septembre, des derniers modèles.

À plus long terme aussi, ce faux départ pourrait n’avoir aucune conséquence majeure sur le marché des smartphones – en attendant l’émergence d’appareils spécialement pensés pour l’IA –, même si l’entreprise échouait à développer un modèle maison capable de succéder à Gemini. “Personne ne propose ce qu’Apple a promis, même pas Google”, souligne l’analyste Benedict Evans. Le groupe tente en effet d’intégrer l’IA au cœur même du système d’exploitation, de façon à la rendre accessible à toutes les applications.

Pour aller plus loin:
– Comment Apple a raté le virage de l’IA générative
– Apple délaisse le Vision Pro pour miser sur les lunettes connectées


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