Par , publié le 13 novembre 2025

En intégrant le mois dernier le moteur de recherche de Perplexity AI, Firefox a réalisé un pas supplémentaire vers l’intelligence artificielle générative. Pour autant, le navigateur Internet “n’a pas l’intention de tout bouleverser”, assure Anthony Enzor-DeMeo, qui dirige Firefox chez Mozilla. Face à l’émergence de nouveaux concurrents bâtis autour d’un chatbot, comme Atlas d’OpenAI, le dirigeant affirme explorer “différentes pistes” pour répondre aux attentes de certains utilisateurs. Mais il promet aussi d’avancer avec prudence.

Et pour cause: s’il admet que l’expérience utilisateur des navigateurs a peu évolué ces dernières années, se limitant à des innovations marginales, Anthony Enzor-DeMeo ne sait pas encore si cette nouvelle façon de surfer sur Internet parviendra à s’imposer. Il pointe “une vision beaucoup plus restreinte du web”, qui se résume à fournir une réponse unique à une requête. Et s’interroge sur la viabilité du modèle économique: compte tenu de leurs coûts, ces navigateurs pourraient, selon lui, reposer à terme sur des offres payantes.

Parts de marché en chute libre

Lancé en 2004, Firefox se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Mozilla, la fondation à but non lucratif qui pilote le projet peut certes se réjouir de conserver les quelque 500 millions de dollars que lui verse Google chaque année. Mais le navigateur ne cesse de perdre des parts de marché: à peine 2,2%, selon les estimations du cabinet StatCounter. Bien loin du pic de 32% atteint en novembre 2009, lorsqu’il avait ébranlé la position quasi monopolistique d’Internet Explorer, le navigateur de Microsoft.

Depuis, Firefox a subi de plein fouet l’irrésistible ascension de Chrome, lancé en 2008 par Google. Mozilla revendique encore quelque 200 millions d’utilisateurs. Autant d’internautes “qui ont choisi de ne pas utiliser le navigateur par défaut de leurs appareils”, souligne Anthony Enzor-DeMeo. Un handicap de taille face à Google, Apple et même Microsoft, malgré l’instauration d’écrans de sélection, notamment en Europe, permettant de choisir leur navigateur lors de la première utilisation d’un smartphone ou d’une tablette.

Déjà de l’IA sur Firefox

Pour Firefox, l’IA pourrait bien représenter une nouvelle menace. Trois nouveaux rivaux se sont lancés depuis l’été. En plus d’OpenAI, Perplexity a dévoilé son navigateur Comet, précédé de quelques semaines par la start-up The Browser Company. Firefox a déjà anticipé cette évolution, en permettant d’ouvrir le chatbot de son choix dans une barre latérale. Mais cette intégration reste limitée: elle ne permet ni d’analyser le contenu d’une page ni de prendre le contrôle du navigateur, à l’image de ce que propose Atlas.

Anthony Enzor-DeMeo se dit ouvert à une “intégration plus poussée” de l’IA au sein du navigateur, afin de combler ces deux lacunes grâce à des partenariats. Mais il prévient que cette évolution soulève des questions sur la protection de la vie privée. Et engendre des incertitudes liées aux coûts d’inférence, si certaines fonctionnalités, comme le résumé d’une page Web, ne peuvent pas être exécutées localement. “Pour certaines expériences, il sera sans doute inévitable de répercuter les coûts sur les utilisateurs”, avertit-il.

Firefox peut-il profiter de l’IA ?

Dans cette bataille à venir, Mozilla estime pourtant avoir sa carte à jouer. Contrairement à la majorité de ses rivaux, la fondation ne développe pas son propre modèle de langage. Elle n’a donc “aucun intérêt à promouvoir une solution propriétaire”, souligne Anthony Enzor-DeMeo. Les utilisateurs de Firefox pourront ainsi choisir entre navigation classique et expérience enrichie par l’IA, tout en restant libres de sélectionner le chatbot qu’ils souhaitent utiliser – et de changer sans avoir aussi à basculer de navigateur.

Firefox part aussi avec des handicaps. Sa notoriété décline depuis des années, notamment parce que le navigateur n’existe quasiment pas sur mobile. Une tendance toujours difficile à inverser. Et si le secteur venait réellement à être bouleversé, il paraît plus probable que cela profite davantage à OpenAI ou Perplexity, qui disposent déjà d’une base d’adeptes à leurs services d’IA. Sans compter que les habitudes des internautes évoluent lentement, et que nombre d’utilisateurs de Chrome ou Safari sont étroitement liés aux écosystèmes de Google ou d’Apple.

Pour aller plus loin:
– Avec Atlas, OpenAI lance la bataille des navigateurs Internet
– Pour son vingtième anniversaire, Firefox s’offre des doutes sur sa survie


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