Comme en février, les résultats trimestriels de Nvidia étaient particulièrement attendus. Cette fois, le géant des cartes graphiques (GPU) n’avait pas à répondre aux inquiétudes suscitées par les avancées de la start-up chinoise DeepSeek, montrant qu’il est possible de concevoir des modèles d’intelligence artificielle générative compétitifs sans une puissance de calcul colossale. Mais à celles d’une bulle, ravivée notamment par les prises de position de Michael Burry, l’investisseur qui avait anticipé la crise des subprimes.
Les chiffres publiés mercredi par Nvidia devraient contribuer à apaiser, au moins temporairement, les inquiétudes des marchés boursiers. Au troisième trimestre, la société de Santa Clara a réalisé un chiffre d’affaires record de 57 milliards de dollars, en hausse de 62% par rapport à l’an dernier. Ses profits affichent une croissance similaire, bondissant à 30,9 milliards. Ces performances ont dépassé les prévisions des analystes, tout comme les projections de revenus pour les trois derniers mois de l’année.
Un modèle soutenable ?
“On parle beaucoup d’une bulle, ce que nous observons est très différent”, assure Jensen Huang, le patron de Nvidia. Il souligne que “les ventes de Blackwell (la dernière génération de GPU, ndlr) battent tous les records”. Et ajoute que “la demande en puissance de calcul ne cesse de s’amplifier, tant pour l’entraînement que pour l’inférence”. Ce constat ne donne toutefois qu’une photographie à court terme. Personne ne doutait de la vigueur des ventes, alors que les grands acteurs du secteur continuent d’investir des centaines de milliards de dollars.
Les doutes portent surtout sur la pérennité de ce modèle. À Wall Street, certains se demandent si l’explosion des investissements est tenable. D’autant que la durée réelle d’utilisation des GPU fait toujours débat. Certes, les avancées technologiques sont incontestables, mais leur adoption dans les entreprises progresse lentement. Et le potentiel de l’IA agentique, censée accomplir des tâches de manière autonome, reste à prouver. Les revenus générés par l’IA apparaissent ainsi nettement en retrait par rapport à l’envolée des valorisations.
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