Pourtant crucial, notamment avec l’essor de l’intelligence artificielle générative, le cloud échappe encore au Digital Markets Act (DMA) européen. Mais la situation pourrait rapidement évoluer. Mercredi, la Commission européenne a annoncé l’ouverture de trois enquêtes pour déterminer si ce secteur doit être soumis à cette législation visant à renforcer la concurrence dans le numérique. Si tel était le cas, Amazon et Microsoft, les deux leaders du marché, seraient contraints de respecter un nouvel ensemble de règles.
Ces enquêtes interviennent après plusieurs plaintes ciblant Microsoft, accusé notamment d’abuser de la position dominante de sa suite logicielle Office et de son système Windows Server. L’une d’entre elles, déposée par OVHcloud et deux acteurs européens, avait été réglée à l’amiable à l’été 2024. Le groupe américain avait alors accepté de modifier certaines pratiques. Dans la foulée, Google avait saisi Bruxelles pour dénoncer la politique tarifaire de son rival, ainsi que les barrières d’interopérabilité qu’il aurait instaurées.
70% de parts de marché
Dans le cadre du DMA, Microsoft et Amazon ont été désignés comme des “contrôleurs d’accès”. Mais Azure et AWS, leur plateforme cloud respective, n’ont pas été reconnues comme des “services essentiels”. Elles remplissent pourtant les critères établis par Bruxelles: plus de 10.000 clients professionnels, une “position solidement ancrée et durable” et un rôle de “passerelle” entre les entreprises et leurs clients. La Commission cherche désormais à déterminer si les principes prévus par le DMA peuvent avoir un impact sur le secteur du cloud.
Comme ailleurs, le marché européen est dominé par Microsoft, Amazon et Google, qui captent près de 70% des revenus, selon le cabinet Synergy. La part des spécialistes européens, elle, stagne depuis des années autour de 15%. En 2023, une enquête de l’Autorité française de la concurrence avait déjà mis en lumière une concurrence limitée par les pratiques des trois géants américains. Au Royaume-Uni, le gendarme antitrust est arrivé aux mêmes conclusions. AWS et Azure pourraient d’ailleurs bientôt être visés par l’équivalent britannique du DMA.
Pour aller plus loin:
– Dans le cloud, les frais de sortie prennent (partiellement) la porte
– Google Cloud porte plainte contre Microsoft auprès de Bruxelles

