Par , publié le 22 novembre 2025

“Me revoilà”. C’est de nouveau en tant que directeur général qu’Octave Klaba a pris la parole jeudi en ouverture de l’OVHcloud Summit, la conférence annuelle du spécialiste français du cloud qu’il a fondé en 1999 à Roubaix. De retour aux commandes opérationnelles, six ans après les avoir cédées, le dirigeant entend de nouveau conjuguer vision technologique et exécution commerciale “jusqu’au moindre détail” (1). Il dévoilera, début 2026, un nouveau plan stratégique de cinq ans. Objectif: prendre un “coup d’avance”.

“Le moment est particulièrement excitant”, s’enthousiasme Octave Klaba. Mais il est surtout crucial. Alors que le marché du cloud est en plein essor, dopé par la vague de l’intelligence artificielle générative, le groupe, lui, est en panne de croissance: seulement 9% lors de son exercice 2025, clos fin septembre, et entre 5% et 7% pour l’exercice en cours. Souvent présenté comme une alternative aux géants américains, OVH ne boxe en réalité pas dans la même catégorie en matière d’IA. Et il ne cherche même pas à rivaliser réellement avec eux.

Échec du précédent plan stratégique

OVH est l’un des pionniers de l’hébergement de sites web. Les débuts sont modestes: ses premiers serveurs sont hébergés dans une cave prêtée par Xavier Niel. Mais la société grandit vite, profitant de la démocratisation d’Internet. Elle ouvre ses propres data centers, équipés de serveurs et systèmes de refroidissement conçus en interne. Elle s’implante aussi progressivement à travers l’Europe. En 2011, elle revendique le statut de premier hébergeur du continent. L’année précédente, elle avait fait ses premiers pas sur le marché du cloud.

Cette activité représente désormais 80% du chiffre d’affaires d’OVH, qui a dépassé le milliard d’euros lors du dernier exercice. Mais seulement 20% proviennent du cloud public, le segment qui enregistre la croissance la plus rapide. Le reste est tiré du cloud privé, qui propose des serveurs dédiés et non partagés avec d’autres clients. Plus fragmenté, ce marché progresse moins rapidement. L’activité historique d’hébergement affiche une croissance encore plus faible. Après des années de pertes, le groupe vient de dégager un bénéfice annuel de… 400.000 euros.

Au moment de son introduction en Bourse en 2021, OVH venait de lancer son précédent plan stratégique. L’objectif était alors d’investir pendant trois ans, notamment pour construire de nouveaux data centers et élargir l’offre de services dans le cloud public. Mais les résultats, attendus à partir de 2024, n’ont pas été à la hauteur des espérances. Arrivé au poste de directeur général, Benjamin Revcolevschi a ainsi été écarté à peine un an plus tard. “Il est grand temps de rentabiliser tous ces investissements”, reconnaît aujourd’hui Octave Klaba.

“Enfin, les choses bougent”

En attendant de présenter sa feuille de route, le dirigeant a déjà esquissé quelques pistes pour relancer la croissance. Il souhaite d’abord concentrer davantage d’efforts sur ce que l’entreprise appelle les “digital starters”. Ces clients, qui dépensent moins de 25.000 euros par an, représentent plus que la moitié du chiffre d’affaires. Mais ils ont été négligés ces dernières années dans la course aux gros comptes. “Nous n’avons pas investi au bon moment ni innové de manière adéquate pour répondre à leurs besoins”, souligne Octave Klaba.

OVH espère également accélérer à l’international, alors que la France pèse encore près de la moitié de son chiffre d’affaires. Après l’Italie, l’entreprise vient d’ouvrir une “région” (trois data centers dans une zone géographique) en Allemagne. Elle prévoit de faire de même aux États-Unis – son deuxième marché, qui génère environ 10% de ses recettes. OVH compte notamment y lancer son offre de cloud public, un segment largement dominé par les géants américains. Elle y ambitionne une croissance plus élevée qu’en Europe.

Octave Klaba compte enfin sur les enjeux de souveraineté. Avec le retour au pouvoir de Donald Trump, “l’Europe a pris acte de sa dépendance”, affirme-t-il. Il cite notamment la création par Bruxelles d’une grille de classement pour les appels d’offres, en fonction de critères de souveraineté. La Commission devrait d’ailleurs montrer l’exemple, délaissant AWS. “Enfin, les choses bougent”, se félicite Octave Klaba. OVH attend également la certification SecNumCloud pour son cloud public — un label garantissant un haut niveau de sécurité et de souveraineté.

Le minimum sur l’IA générative

Comme toutes les autres plateformes de cloud, OVH parle beaucoup d’IA. Mais sa stratégie est à contre-courant du marché. Alors que les autres acteurs, même petits, dépensent énormément dans l’achat de cartes graphiques, essentielles pour entraîner et faire tourner des modèles, le groupe roubaisien n’est, lui, pas “agressif”, souligne Octave Klaba. “Nous n’avons pas la preuve que cela serait rentable sur le long terme, car le cycle de vie des GPU est extrêmement court et les prix sont très bas”, explique-t-il.

Limité dans ses capacités d’investissement, OVH se contente donc du strict minimum. S’il propose des services d’IA générative, c’est de “manière opportuniste pour ne pas perdre [ses] clients, admet Octave Klaba. Ce n’est pas un levier pour en gagner de nouveaux”. Un aveu qui contraste avec les discours visant à présenter OVH comme un atout européen dans la compétition mondiale. Le groupe ne possède ainsi aucun GPU Blackwell, la dernière génération commercialisée par Nvidia, mais seulement des H100, lancés il y a trois ans.

Conséquence: OVH ne permet pas d’entraîner des modèles d’IA – au contraire, par exemple, de son rival français Scaleway. “Il y a moins de dix clients potentiels pour des investissements massifs”, justifie son patron. L’entreprise se limite donc à l’inférence – la génération d’un texte ou d’une image –, en ne s’appuyant pas seulement sur des GPU Nvidia. Elle vient notamment de s’associer avec SambaNova. Peu ambitieux sur les modèles, OVH se contente donc d’ajouter des fonctionnalités d’IA dans ses services existants.

Pour aller plus loin:
– Bruxelles s’attaque au manque de concurrence dans le cloud
Mistral veut proposer une alternative aux géants américains du cloud

(1) – Les citations d’Octave Klaba dans cet article sont tirées de son discours jeudi et de la conférence avec les analystes financiers du 21 octobre


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