Par , publié le 6 janvier 2026

Lancé dans une course-poursuite pour combler son retard dans l’intelligence artificielle générative, Mark Zuckerberg ressort une nouvelle fois le chéquier. Fin décembre, Meta a annoncé le rachat de Manus, une start-up autrefois basée en Chine, qui avait fait sensation début 2025 en dévoilant la première plateforme opérationnelle d’agents IA. Le montant de la transaction n’a pas été officiellement communiqué. Selon plusieurs médias américains, il s’élèverait à environ 2,5 milliards de dollars, dont 500 millions consacrés à la rétention de la centaine de salariés de Manus.

Agents autonomes

En juin, la maison mère de Facebook et Instagram avait déjà dépensé 14,3 milliards de dollars pour acquérir 49% du capital de Scale AI, une société américaine spécialisée dans l’étiquetage des données. Cette opération, assimilable à une acquisition déguisée, lui avait surtout permis de débaucher le fondateur et patron Alexandr Wang, placé à la tête d’une nouvelle division dédiée au développement d’une “superintelligence”. Dans la foulée, Meta avait recruté des dizaines d’ingénieurs et chercheurs chez OpenAI, Google ou Apple, leur offrant parfois des rémunérations à neuf chiffres.

Lancé en mars, Manus se présente comme un véritable agent IA capable de planifier et d’exécuter des tâches complexes sans supervision humaine. Le service prend la forme d’un chatbot pouvant enchaîner plusieurs actions différentes pour répondre à une requête, sans que l’utilisateur ait à guider l’IA étape par étape. Dans un exemple montré au lancement, l’outil recherchait ainsi un appartement dans un quartier de New York correspondant à plusieurs critères. Fin 2025, l’entreprise revendiquait un chiffre d’affaires de 125 millions de dollars en rythme annualisé.

Déménagement à Singapour

Bien que née en Chine, la maison mère de Manus, Butterfly Effect, a rapidement cherché, du moins officiellement, à prendre ses distances avec son pays d’origine. La start-up a ainsi transféré ses opérations à Singapour, à la fois pour contourner les restrictions américaines sur les puces dédiées à l’IA et pour faciliter ses ambitions de conquête des marchés internationaux. En avril, elle a également ouvert son capital au grand fonds américain Benchmark. Selon Meta, Manus n’entretiendra désormais plus aucun lien avec la Chine et cessera même d’y proposer ses services.

Manus n’a pas conçu ses propres modèles d’IA. Son outil utilise des modèles externes, comme Claude, conçu par la start-up américaine Anthropic, Qwen, développé par le géant chinois Alibaba, ou encore Nano Banana, le générateur d’images lancé par Google. L’innovation de l’entreprise réside dans un système d’agents multiples, capable de découper une requête en plusieurs tâches réparties entre différentes IA spécialisées. Un premier pas vers l’émergence d’une IA agentique, pouvant automatiser de nombreuses tâches au sein des entreprises.

Outils publicitaires

Ironiquement, ce rachat va permettre à Meta de dégager ses premiers revenus directs grâce à l’IA. Le groupe de Menlo Park assure que le service continuera d’être commercialisé sous la marque Manus. L’impact restera initialement marginal, alors que son chiffre d’affaires annuel s’élève à 200 milliards de dollars. Mais l’opération pourrait lui ouvrir à terme les portes d’un marché potentiellement immense. La concurrence s’annonce toutefois rude, et rien ne garantit que Meta dispose des atouts nécessaires pour s’imposer sur le segment des services aux entreprises.

L’intérêt principal de l’opération pourrait ainsi résider dans l’intégration de la plateforme d’agents à ses propres services d’IA, en particulier le chatbot Meta AI, vitrine grand public des efforts de l’entreprise. Mais aussi au sein des outils publicitaires pour aider les annonceurs à créer, gérer et optimiser leurs campagnes. En revanche, l’acquisition ne devrait pas influencer le développement d’une “superintelligence”. Les équipes de Manus ne seront d’ailleurs pas placées sous la supervision directe d’Alexandr Wang, mais sous celle de Javier Oliván, le directeur opérationnel de Meta.

Pour aller plus loin:
– Avec son agent d’IA Manus, une start-up chinoise devance les géants américains
– Malgré des milliards investis dans l’IA, Meta navigue toujours à vue


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