Jusqu’ici épargné par Bruxelles, TikTok pourrait ne plus l’être très longtemps. Vendredi, la Commission européenne a officiellement ouvert une procédure de non-conformité à l’encontre de la plateforme de vidéos courtes, dans le cadre du Digital Services Act (DSA). Elle lui reproche de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour limiter les risques de dépendance, en particulier chez les mineurs. Sont notamment visées trois fonctionnalités au cœur du succès de l’application: le défilement infini, le lancement automatique des vidéos et l’algorithme de recommandations “hautement personnalisé”.
Des changements à venir ?
Au terme de cette procédure, TikTok ne risque pas seulement une amende pouvant atteindre 6% de son chiffre d’affaires mondial. La filiale du groupe chinois ByteDance pourrait surtout se voir imposer d’importants changements. La Commission européenne envisage notamment la désactivation du défilement infini après un certain temps d’utilisation, l’instauration de pauses ou encore des modifications du système de recommandations. Autant de mesures susceptibles de réduire l’activité des utilisateurs, au détriment des recettes publicitaires… et au profit des applications concurrentes.
Selon Bruxelles, le design de TikTok présente des “caractéristiques addictives” qui “pourraient nuire au bien-être physique et mental de ses utilisateurs”, en plaçant leur cerveau en “mode pilote automatique”. L’exécutif européen estime que cela peut conduire à des comportements compulsifs et réduire la maîtrise de soi. Il note par ailleurs que les outils de gestion du temps d’écran et de contrôle parental ne sont pas suffisants pour limiter les risques. Les premiers seraient trop faciles à contourner et les seconds trop complexes à mettre en place.
Interdiction des réseaux sociaux
L’annonce de Bruxelles intervient alors que plusieurs pays européens, dont la France, souhaitent interdire les réseaux sociaux aux adolescents, dans le sillage d’une loi entrée en vigueur fin 2025 en Australie. Mais ces initiatives risquent de rester symboliques. En vertu du DSA, seule la Commission peut imposer des obligations aux “très grandes plateformes”, comme TikTok, Instagram et YouTube – et leur infliger des amendes. En pratique, les États membres ne peuvent ni contraindre ces entreprises à vérifier l’âge de leurs utilisateurs, ni les sanctionner en cas de manquement.
En décembre, TikTok avait accepté d’apporter des modifications pour éviter une sanction. L’application s’était engagée à améliorer la bibliothèque, désormais obligatoire dans le cadre du DSA, qui recense l’ensemble des publicités diffusées en Europe. Elle avait promis d’afficher des informations supplémentaires, de procéder à des mises à jour plus rapides et d’ajouter des options de recherche. Un autre dossier concerne TikTok: la lutte contre la désinformation, dans le cadre d’une enquête ouverte fin 2024, après une campagne d’influence russe lors des élections en Roumanie.
Pour aller plus loin:
– Bruxelles inflige une amende à X, la première dans le cadre du DSA
– Les zones d’ombre de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans

