Par , publié le 9 février 2026

Les interrogations sur une éventuelle bulle autour de l’intelligence artificielle générative ne freinent pas les ambitions des géants technologiques américains. Bien au contraire, ils s’apprêtent à redoubler leurs efforts d’investissement. Cette année, Google, Amazon, Microsoft et Meta devraient cumuler près de 700 milliards de dollars de dépenses en capital – plus connues sous l’acronyme capex –, soit une hausse de 60% par rapport à 2025. Un niveau d’investissements “justifié et viable”, assure Jensen Huang, le patron de Nvidia, principal bénéficiaire de cette frénésie.

Ces sommes colossales sont principalement consacrées à l’augmentation de la puissance de calcul informatique, avec l’achat de centaines de milliers de cartes graphiques (GPU) destinées à entraîner et à faire tourner des modèles d’IA. Une véritable course à l’armement pour ne pas rater la révolution technologique annoncée, qui commence à inquiéter sérieusement les marchés financiers. Non seulement le niveau de rentabilité de ces investissements n’est pas assuré, mais leur montant se rapproche, voire dépasse, désormais le cash généré par Google, Amazon, Microsoft et Meta.

Quatre fois plus qu’en 2023

Dans le détail, Amazon anticipe des capex de 200 milliards de dollars. Google n’est pas loin derrière, avec une fourchette comprise entre 175 et 180 milliards. Meta table sur des investissements allant de 115 à 135 milliards. Microsoft, de son côté, ne communique pas de prévisions, mais en se basant sur le taux de croissance observé fin 2025, ses dépenses pourraient atteindre 165 milliards. Les sommes investies sont sans précédent. Et sans égal: à titre de comparaison, Apple, dont l’infrastructure d’IA reste limitée, va se contenter de 14 milliards de dollars de capex.

Ces quatre entreprises devraient ainsi dépenser au moins 655 milliards de dollars en 2026. C’est presque quatre fois plus que les dépenses en capital des 21 groupes américains non technologiques qui investissent le plus – constructeurs automobiles, opérateurs télécoms, compagnies pétrolières ou encore Walmart –, selon des données compilées par Bloomberg. La progression est spectaculaire. En 2023, juste après le lancement retentissant de ChatGPT, leurs capex ne s’élevaient qu’à 154 milliards. Ils sont passés à 251 milliards l’année suivante, avant d’atteindre 412 milliards en 2025.

Accompagner les usages

Pour justifier de tels investissements, ces sociétés mettent en avant l’immense potentiel de l’IA générative. “La technologie la plus importante de l’histoire”, selon Mark Zuckerberg. Face à la concurrence, le risque principal n’est pas de “mal dépenser quelques centaines de milliards”, estime le fondateur de Meta, mais “d’avancer trop lentement”. Dans cette optique, il faut bâtir l’infrastructure informatique la plus vaste possible, capable d’accompagner l’explosion attendue des usages, notamment l’essor des agents d’IA, appelés à automatiser un nombre croissant de tâches en entreprise.

Les enjeux varient. Chez Amazon et Microsoft, les dépenses en capital sont principalement orientées vers leurs offres cloud respectives, AWS et Azure, pour répondre à la demande croissante de leurs clients et leur fournir les GPU les plus récents. Chez Meta, la multiplication des data centers doit pouvoir supporter les besoins internes, à mesure que ses milliards d’utilisateurs utiliseront en masse des fonctionnalités d’IA – par exemple via leurs lunettes connectées. Chez Google, la logique se situe entre les deux: renforcer son service cloud tout en alimentant son modèle Gemini.

Amortissement sous-estimé ?

Si les quatre géants affichent toujours des profits colossaux, l’ampleur de leurs investissements commence à inquiéter. L’an prochain, les capex d’Amazon devraient dépasser son flux de trésorerie opérationnel, tandis qu’ils s’en rapprocheront pour Google, Meta et Microsoft. Autrement dit, tout ou presque tout le cash dégagé par la publicité, le commerce en ligne ou le cloud sera réinjecté dans des data centers et des GPU. Pour obtenir des liquidités, Meta et Google ont émis 30 et 24 milliards de dollars d’obligations fin 2025. Amazon, qui vient de licencier 30 000 personnes, n’exclut pas de faire de même.

Aucun de ces groupes ne risque une implosion financière. Les interrogations portent sur le niveau de revenus que l’IA permettra réellement de générer. D’autant que les GPU ont une durée de vie limitée, à mesure que des modèles plus performants arrivent sur le marché. Se pose alors la question de l’amortissement – un principe comptable qui permet d’étaler les investissements dans le temps. L’investisseur Michael Burry accuse ces sociétés de les sous-estimer. Une pratique qui permettrait de limiter artificiellement – et surtout provisoirement – l’impact des capex sur les profits.

Pour aller plus loin:
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?
– Quand Nvidia se défend d’être le nouvel Enron


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