Un combat entre Tom Cruise et Brad Pitt sur le toit d’un building d’une ville dévastée. Visionnée plusieurs millions de fois sur les réseaux sociaux, la scène générée par l’intelligence artificielle a immédiatement provoqué une levée de boucliers des grands studios hollywoodiens. Dans leur viseur: ByteDance, la maison mère de TikTok qui vient de lancer Seedance 2, un nouveau modèle de création de vidéos. Un outil impressionnant dont les performances semblent surpasser celles de Sora 2 et de Veo 3, lancés respectivement l’an passé par OpenAI et Google.
Pour l’instant uniquement disponible en Chine, Seedance 2 illustre les progrès rapides des entreprises chinoises dans l’IA générative, désormais capables de rivaliser, voire de dépasser, les géants américains du secteur. La presse locale évoque même un deuxième “moment Spoutnik”, en référence à l’onde de choc provoquée il y a un an par l’irruption des modèles de langage de la start-up chinoise DeepSeek. Ce lancement confirme, une nouvelle fois, que les dernières puces de Nvidia, dont l’importation vers la Chine est interdite, ne sont pas indispensables pour rester compétitif.
L’IA pour produire des films ?
Comme Sora et Veo, Seedance présente encore des limites. Mais le modèle esquisse un futur où une part croissante de la production vidéo sera générée par l’IA. C’est déjà le cas de certains spots publicitaires ou d’effets spéciaux utilisés dans des films et séries. OpenAI prévoit aussi de lancer cette année un premier long-métrage d’animation produit avec ses outils, dans le but de démontrer leur potentiel créatif, ainsi que les gains de temps et d’argent qu’ils permettent. À plus long terme, l’IA pourrait même se substituer, au moins en partie, aux films en prises de vues réelles.
En attendant de savoir si ce scénario redouté se concrétisera, les géants d’Hollywood concentrent leur riposte sur la protection de leur propriété intellectuelle. Dans la foulée de la diffusion des premières vidéos en ligne, Disney et Paramount ont ainsi adressé des lettres de mise en demeure à ByteDance. Condamnation aussi de la part de la Motion Picture Association, le lobby du cinéma, et du syndicat des acteurs. Le groupe chinois assure avoir pris des mesures pour renforcer ses garde-fous afin d’empêcher l’utilisation de contenus protégés et de l’image de personnalités.
Les studios démunis
En réalité, les studios apparaissent relativement démunis. Certains ont certes choisi la voie judiciaire, comme Disney et Universal contre Midjourney. Mais leurs plaintes portent sur la possibilité de générer des images ou des vidéos mettant en scène des œuvres protégées. À ce stade, aucun acteur de l’IA n’a encore été attaqué pour avoir utilisé des films ou des dessins animés afin d’entraîner ses modèles. La raison est juridique: ces pratiques pourraient être couvertes par le droit américain qui autorise dans certains cas un “usage raisonnable” de contenus protégés.
Cette limite a déjà été à l’œuvre dans l’industrie musicale. Les grandes maisons de disque ont finalement privilégié des accords à l’amiable avec les outils de création de chansons. L’enjeu n’est plus de s’opposer à une évolution jugée inéluctable, mais d’en capter une partie de la valeur. Pour Hollywood, la logique serait similaire: capitaliser sur ses franchises, à l’image du partenariat noué entre Disney et OpenAI. Au-delà, la principale protection des studios pourrait bien résider dans la faible acceptabilité sociale des productions générées par l’IA. Reste à savoir pour combien de temps.
Pour aller plus loin:
– Pourquoi OpenAI pense déjà à gagner de l’argent avec son application Sora
– Pourquoi l’accord entre Universal et Udio marque un tournant pour l’industrie du disque

