Par , publié le 24 février 2026

L’opération est modeste, mais elle témoigne des nouvelles ambitions de Mistral AI: “construire un véritable cloud”. La semaine dernière, le spécialiste français de l’intelligence artificielle générative a franchi une “étape importante” dans cette direction avec le rachat de Koyeb, la toute première acquisition de son histoire. Fondée en 2021, cette start-up parisienne d’une quinzaine de personnes commercialise une plateforme de cloud dite serverless, permettant de déployer des applications, en particulier d’IA, sans avoir à gérer l’infrastructure sous-jacente.

Data center en Suède

Mi-février, Mistral avait déjà amorcé ce virage en annonçant un investissement de 1,2 milliard d’euros dans la construction d’un data center en Suède. Équipé des dernières cartes graphiques Rubin de Nvidia, celui-ci doit entrer en service l’an prochain. Sa puissance annoncée de 23 mégawatts permettra à l’entreprise d’augmenter de 50% sa capacité de calcul, en complément du site actuellement en construction en région parisienne. Ces infrastructures doivent servir aussi bien à l’entraînement et à l’inférence de ses propres modèles qu’à l’extension de son offre de cloud.

Trois ans après son lancement, Mistral ne se voit plus seulement en alternative européenne à OpenAI, Anthropic ou encore DeepSeek. La société dirigée par Arthur Mensch rêve aussi de s’imposer comme un concurrent d’Amazon Web Services, Microsoft Azure et Google Cloud, les trois géants américains du cloud qui captent l’essentiel du marché de l’IA en Europe. Baptisée Compute, sa plateforme a été annoncée en grande pompe juste avant l’été lors du salon Vivatech, aux côtés de Jensen Huang, le patron de Nvidia, alors présenté comme un partenaire stratégique.

La souveraineté comme argument de vente

Pour crédibiliser son ambitieux projet, Mistral insiste beaucoup sur ses liens avec le groupe américain, dont le rôle pourrait, dans les faits, se limiter à la fourniture des indispensables cartes graphiques. La start-up met également en avant une première liste de clients prestigieux comme Orange, BNP Paribas ou le laboratoire Kyutai. Elle souligne enfin l’expérience accumulée en développant ses propres modèles d’IA. “Nous avons passé la majeure partie de notre temps à opérer des GPU et à bâtir une plateforme permettant de créer des applications”, souligne Arthur Mensch.

Mais son meilleur argument de vente reste les débats autour de la souveraineté technologique – déjà centrale dans l’adoption de ses modèles. Les administrations et les entreprises du continent “ont besoin d’une solution européenne”, martèle son patron. De fait, aucun acteur du continent ne rivalise aujourd’hui véritablement avec les plateformes américaines, aussi bien en termes de puissance de calcul que d’offre logicielle. Mistral devra toutefois composer avec la concurrence des “cloud de confiance” S3NS et Bleu, reposant respectivement sur les technologies de Google et de Microsoft.

Quels financements ?

Avec Compute, Mistral lorgne un relais de croissance potentiellement important de son chiffre d’affaires. La start-up revendique 400 millions de dollars de recettes en rythme annualisé. Elle vise le cap du milliard d’ici à la fin de l’année. Sur le papier, le cloud affiche en outre des marges élevées, là où les services d’IA demeurent encore largement déficitaires. Cependant, la capacité à rentabiliser sur la durée les investissements nécessaires à la construction de data centers doit être démontrée, notamment parce que les GPU deviennent obsolètes de plus en plus rapidement.

Reste une question primordiale: le financement. Mistral vient certes de conclure une levée de fonds de 1,7 milliard d’euros, notamment auprès d’ASML, leader néerlandais des machines de photolithographie. Mais sa trésorerie actuelle ne suffira pas pour investir 1,2 milliard en Suède et encore plus en France, tout en absorbant ses pertes d’exploitation. Pour mener à bien sa feuille de route, la société dispose de plusieurs options: de nouvelles levées de fonds, un partenariat stratégique avec un grand investisseur, voire une introduction en Bourse.

Pour aller plus loin:
– Avec sa dernière levée de fonds, Mistral AI pulvérise les records de la French Tech
– L’amortissement des puces d’IA, une bombe à retardement ?


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