Par , publié le 18 mars 2026

La note fictive, aux allures de scénario catastrophe, a fait grand bruit fin février, jusqu’à faire chuter Wall Street. Rédigée par Citrini Research, un petit cabinet américain d’analyse financière, elle dépeint l’économie de juin 2028, frappée par un chômage de masse et un plongeon spectaculaire des marchés financiers à la suite des avancées de l’intelligence artificielle générative. “Il n’a suffi que de deux ans pour passer d’une situation ‘maîtrisée’ et ‘sectorielle’ à une économie qui ne ressemble plus à celle dans laquelle nous avons grandi”, commence ce texte prospectif.

Ironie de l’histoire, la “première vague de licenciements due à l’obsolescence humaine”, mentionnée dans la note comme point de départ de la crise, est peut-être intervenue à peine quatre jours plus tard. Le spécialiste du paiement en magasins Block, anciennement Square, a brutalement réduit ses effectifs de 40%, passant d’un seul coup de 10.000 à 6.000 salariés. “Les outils d’intelligence […] transforment en profondeur la manière de construire et de diriger une entreprise. Et cette transformation s’accélère rapidement”, justifiait alors Jack Dorsey, son fondateur et patron.

“De l’IA washing”

Moins alarmiste que Citrini, Anthropic anticipe également un impact sur le marché du travail. Dans une étude publiée début mars, le concepteur du modèle Claude, très utilisé en entreprise, liste les catégories d’emplois les plus exposées: fonctions administratives, finance, informatique, services juridiques ou encore médias. Des professions plus diplômées et mieux rémunérées que la moyenne. Anthropic n’observe toutefois pas encore de hausse du chômage dans ces secteurs depuis le lancement de ChatGPT fin 2022. Mais les premiers effets se font déjà sentir sur le recrutement des jeunes.

Au-delà de Block, plusieurs entreprises ont mentionné l’IA pour justifier des plans sociaux. Reste que le lien est parfois difficile à établir: la technologie peut servir de prétexte pour réduire des effectifs gonflés durant l’euphorie post-Covid ou faire miroiter des gains de productivité aux investisseurs. “De l’IA washing”, dénonce Sam Altman, le patron d’OpenAI. Illustration avec Amazon: les 14.000 suppressions de postes annoncées à l’automne ne sont pas liées à l’IA, a reconnu après coup son directeur général Andy Jassy, après avoir initialement laissé entendre le contraire.

Des employés seulement “augmentés” ?

À ce stade, il reste bien difficile de prédire quel sera le véritable impact de l’IA sur l’emploi. Les scénarios les plus pessimistes anticipent non seulement la disparition de nombreux métiers, mais aussi celle de secteurs d’activités entiers, remplacés par des modèles ou des agents. Les plus optimistes estiment au contraire que l’IA ne se substitue pas aux travailleurs, mais qu’elle les “augmente” en les libérant de tâches répétitives à faible valeur ajoutée. Ils rappellent également que les grandes ruptures technologiques ont toujours fait émerger de nouveaux métiers.

C’est le principe de la “destruction créatrice”, théorisé par l’économiste Joseph Schumpeter. Mais la phase de destruction d’emplois pourrait s’avérer particulièrement brutale. Plusieurs exemples ont déjà marqué les esprits, notamment dans le service client. Le spécialiste suédois Klarna a remplacé ses conseillers par des systèmes d’IA, avant d’opérer un retour partiel en arrière. De son côté, Salesforce a réduit de moitié ses équipes. L’essor des agents d’IA, appelés à automatiser un nombre croissant de tâches en entreprise, pourrait constituer la prochaine étape.

Pour aller plus loin:
– Malgré les doutes, les géants de la tech accélèrent encore leurs investissements dans l’IA
– Nouvelle vague de licenciements massifs chez Amazon


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