Le pivot illustre l’évolution rapide de l’intelligence artificielle générative. Il y a trois ans, la start-up Perplexity affichait son ambition de “ringardiser” Google, alors bousculé par l’émergence des chatbots comme nouveaux portails d’accès à l’information. Depuis, elle a réorienté sa stratégie vers les agents d’IA, un segment dont la commercialisation s’accélère fortement. Un revirement qui semble déjà porter ses fruits: selon des chiffres obtenus par le Financial Times, ses revenus annualisés ont bondi de 50% sur le seul mois de mars, pour atteindre 450 millions de dollars.
Approche ouverte
Cette forte croissance coïncide avec le lancement, fin février, d’un nouvel outil baptisé Computer. Réservé aux abonnés payants, il permet d’exécuter, dans le cloud ou en local, des tâches complexes en les décomposant en une série de sous-tâches confiées à différents agents. Il se distingue notamment par son approche ouverte. Là où certains écosystèmes restent fermés, la plateforme s’appuie sur une vingtaine de modèles d’IA. En fonction des besoins, elle fait ainsi appel à Gemini et Nano Banana de Google, à GPT d’OpenAI, à Claude d’Anthropic ou encore à Grok de xAI.
Ce fonctionnement présente un double avantage pour Perplexity. D’une part, la start-up s’affranchit de l’entraînement de ses propres modèles, un processus à la fois long et extrêmement coûteux. D’autre part, elle peut mettre en avant l’efficacité optimale de Computer, qui utilise les modèles les plus performants pour chaque tâche, indépendamment de l’entreprise qui les développe. Cette stratégie a toutefois un coût financier: rémunérer OpenAI, Google ou Anthropic pour l’accès à leurs technologies, au risque de sacrifier les marges.
Abandon de la publicité
Quelques jours avant de lancer Computer, Perplexity avait déjà acté un autre revirement: l’abandon de la publicité sur son moteur de recherche dopé à l’IA, au moment même où OpenAI menait ses premiers tests publicitaires sur ChatGPT. Officiellement, la société évoquait alors la crainte que l’introduction d’annonces n’érode la confiance de ses utilisateurs. En coulisses, surtout, l’offensive a vite tourné court, plombée par des errements stratégiques, des tarifs élevés, des formats peu convaincants et des retours sur investissement jugés trop incertains par les annonceurs.
La publicité devait être centrale pour Perplexity. Comme ChatGPT, son chatbot ne convertit en effet qu’une petite partie de son audience en abonnés payants. L’immense majorité des utilisateurs ne génère ainsi aucun revenu, tout en constituant une source de coûts significative. La start-up n’avait d’ailleurs jamais caché que la publicité devait constituer le principal levier de monétisation de cette audience gratuite. Celle-ci devait également servir à financer un programme de partage de revenus avec les groupes de médias, qui accusent Perplexity de plagier leurs contenus.
“La prochaine révolution”
Au-delà de son échec dans la publicité, Perplexity se trouvait à la croisée des chemins. La société s’est en grande partie construite en opposition à Google et à ses traditionnels liens. Mais le géant de la recherche a répliqué avec son module AI Overviews pour répondre à certaines requêtes, ainsi qu’avec son “mode IA”, reprenant l’interface des chatbots pour poser des questions plus longues. Si Perplexity revendiquait il y a un an, 780 millions de requêtes par mois (contre environ 14 milliards par jour pour Google), son trafic recule depuis plusieurs mois, selon les données de SimilarWeb.
L’an passé, l’entreprise misait aussi gros sur le lancement de Comet, un navigateur Internet conçu autour de l’IA générative. Elle assurait alors que “des millions” de personnes s’étaient inscrites sur la liste d’attente, Et espérait transformer cet engouement en abonnements payants. Passé l’effet de curiosité, l’intérêt s’est rapidement essoufflé, sans parvenir à ébranler la domination de Chrome, le navigateur de Google. Ces derniers mois, Perplexity a donc “discrètement” opéré son pivot vers les agents IA. “La prochaine révolution”, selon son patron Aravind Srinivas.
Pour aller plus loin:
– À la croisée des chemins, Perplexity AI abandonne la publicité
– OpenAI débauche le créateur d’OpenClaw, une plateforme d’agents IA

