Voilà un an et demi qu’Amazon n’avait plus investi dans Anthropic. Mardi, le géant du commerce en ligne a mis fin à cette parenthèse, promettant d’injecter jusqu’à 25 milliards de dollars supplémentaires dans le spécialiste de l’intelligence artificielle générative. Sur cette enveloppe, cinq milliards ont déjà été versés. Le solde sera débloqué progressivement “en fonction d’objectifs commerciaux”: son partenaire s’est engagé à dépenser plus de 100 milliards de dollars sur dix ans pour lui acheter de la puissance de calcul dans le cloud afin d’entraîner et faire tourner ses modèles.
Pour Anthropic, l’intérêt de cette nouvelle levée de fonds, après celle de 30 milliards de dollars conclue en février, n’est pas tant financier que stratégique. L’objectif est avant tout d’accroître significativement ses capacités afin de répondre à la hausse spectaculaire de la demande pour ses produits, notamment son outil de programmation Claude Code. Ces dernières semaines, la start-up a en effet dû imposer de nouvelles restrictions sur l’usage de ses modèles, y compris pour les abonnés payants. Début avril, elle avait déjà officialisé un accord commercial avec Google.
Anthropic en quête de puissance de calcul
Concrètement, Anthropic s’est engagé à acheter l’équivalent de 5 GW de puissance auprès d’Amazon Web Services, dont 1 GW devrait être disponible d’ici la fin de l’année. L’entreprise précise qu’une partie de ces capacités sera déployée en Europe et en Asie. Elle indique par ailleurs qu’elle continuera de s’appuyer principalement sur la plateforme de cloud du groupe de Seattle pour le processus d’entraînement et les charges de travail critiques. Elle aura notamment recours aux deux prochaines générations de puces Trainium, ainsi qu’au processeur Graviton, développés par Amazon.
L’enjeu est primordial pour Anthropic. Sa croissance affiche un rythme effréné: son chiffre d’affaires a triplé au premier trimestre. Et cette dynamique devrait se prolonger avec l’essor attendu de l’IA agentique. Mais la société n’a pas suffisamment investi dans les capacités de calcul nécessaires pour absorber l’explosion des usages. Elle cherche désormais à rattraper ce retard. En parallèle de son partenariat avec Amazon, elle va ainsi acheter 3,5 GW de puissance auprès de Google. Elle prévoit aussi de bâtir ses premiers data centers aux États-Unis, pour un coût estimé à 50 milliards de dollars.
Un partenariat bénéfique pour Amazon
Les liens entre Amazon et Anthropic remontent à l’automne 2023. Le géant américain devient le principal pourvoyeur de fonds de la start-up: à deux reprises, il investit quatre milliards de dollars, dont une large partie sous forme de crédits cloud. Son intérêt est de favoriser l’émergence d’un troisième acteur d’envergure sur le marché de l’IA générative, afin de protéger son activité cloud, qui constitue l’essentiel de ses profits. Car ses concurrents sont menaçants: Microsoft est le distributeur exclusif des modèles d’OpenAI, tandis que Google dispose de ses propres modèles.
Ce partenariat s’est révélé bénéfique pour les deux parties. Anthropic profite d’une pression concurrentielle nettement moins forte sur AWS, le leader mondial du cloud sur lequel plus de 100.000 entreprises utilisent ses modèles Claude. De son côté, Amazon évite que les utilisateurs de sa plateforme ne basculent vers ses deux principaux rivaux. L’accord renforce par ailleurs la crédibilité à ses ambitions dans les puces dédiées à l’IA. Le groupe espère les imposer comme alternative pour les clients AWS aux cartes graphiques conçues par Nvidia, qu’il continue d’acheter au prix fort.
Pour aller plus loin:
– OpenAI accuse Anthropic de “gonfler” son chiffre d’affaires
– Contrairement à ChatGPT, Anthropic promet de ne jamais afficher de publicités

