Par , publié le 13 mai 2026

C’est la face cachée des résultats financiers record de Samsung. Pour la première fois de son histoire, la division mobile du conglomérat sud-coréen pourrait basculer dans le rouge cette année, rapporte le quotidien économique Money Today. En cause: l’envolée spectaculaire des prix des puces mémoire, en raison de la forte demande liée à l’intelligence artificielle générative. La même envolée qui fait bondir, dans le même temps, les profits de sa branche semi-conducteurs à des niveaux sans précédent, propulsant sa capitalisation boursière au-delà des 1.000 milliards de dollars.

Ces pertes potentielles seraient surtout symboliques. Leur impact financier resterait négligeable dans la mesure où les puces utilisées dans les smartphones sont “achetées” en interne. Autrement dit, par un effet de vases communicants, le déficit de la branche mobile est récupéré par la division semi-conducteurs. Reste que la situation de Samsung envoie un signal alarmant pour les autres acteurs du secteur, en particulier ceux qui ne vendent pas de modèles haut de gamme. Mais aussi pour Apple, qui a prévenu que le prix de la mémoire avait un “impact croissant” sur son activité.

Un cycle sans commune mesure

Samsung a lancé une division entièrement dédiée mobile fin 2012, dans le sillage du lancement du Galaxy S III, le modèle qui lui a permis de s’imposer comme le principal rival d’Apple sur le segment premium. Longtemps, cette activité a constitué sa première source de chiffre d’affaires, portée par la croissance continue du marché des smartphones. La branche semi-conducteurs affiche, elle, des performances plus cycliques, alors que le secteur alterne régulièrement entre épisodes de pénurie, synonymes d’explosion des profits, et de surproduction, qui se traduisent par de lourdes pertes.

L’essor de l’intelligence artificielle alimente toutefois un cycle sans commune mesure avec les précédents. Ces derniers mois, la demande pour les puces mémoire s’est envolée, à mesure que les géants de l’IA et du cloud investissent des centaines de milliards de dollars pour accroître leurs capacités de calcul. Car l’entraînement et l’exécution des modèles ne nécessitent pas seulement des cartes graphiques. Ils reposent aussi sur différents types de mémoire, notamment les puces HBM, produites par seulement trois acteurs: les sud-coréens Samsung et SK Hynix, ainsi que l’américain Micron.

Prix multipliés par cinq

Depuis 2023, le marché des puces HBM a été multiplié par plus de dix, atteignant 35 milliards de dollars l’an passé, selon des estimations de Bank of America. Il devrait encore croître de 58% cette année, pour atteindre 55 milliards. Dans le même temps, les capacités de production des trois grands noms du secteur ont peu augmenté. Pour répondre à la demande liée à l’IA, ils ont donc réorienté une partie de leurs lignes de production vers ces composants plus lucratifs, aux marges plus élevées. D’après le cabinet TrendForce, 70% de la production mondiale est désormais dédiée à l’IA.

“Nous allons continuer de privilégier les produits IA”, indique le responsable des mémoires chez Samsung. Cette réallocation se fait au détriment des autres types de puces, notamment les mémoires DRAM et NAND destinées aux smartphones, ordinateurs ou consoles de jeux. Conséquence: leurs tarifs s’envolent. Au quatrième trimestre 2025, les prix de ces composants ont grimpé d’environ 50%. Ils ont quasiment doublé au premier trimestre 2026. Et ils devraient encore progresser de plus de 60% au deuxième trimestre. En cumulé, ils auront ainsi été multipliés par près de cinq en seulement neuf mois.

Vers une chute historique des ventes

Le cabinet Counterpoint estime que la mémoire représente désormais 41% du coût de fabrication des smartphones vendus à plus de 800 dollars, contre seulement 20% fin 2025. Au premier trimestre, la division mobile de Samsung n’a ainsi affiché qu’une rentabilité à un chiffre. Et le plus dur reste à venir car les contrats, et donc les prix, sont négociés plusieurs mois à l’avance. Les puces mémoire qui équipent les smartphones actuellement en vente ont été négociées à des tarifs bien inférieurs à ceux qui s’appliqueront aux modèles produits dans les prochains mois.

Face à l’inflation des puces mémoire, les fabricants de smartphones disposent de peu de marges de manœuvre. Comme d’autres, Samsung a déjà commencé à relever de quelques dizaines d’euros les prix de certains appareils, sans répercuter l’intégralité du surcoût, au prix d’une érosion de ses marges. Le groupe espère ainsi limiter l’impact négatif sur la demande. La rechute devrait néanmoins être brutale. Après un repli de 4,1% au premier trimestre, IDC anticipe une chute historique de 12,9% des ventes de smartphones cette année, ramenant le marché à son plus bas niveau depuis 2013.


Des profits records pour Samsung

Entre demande exponentielle pour les mémoires dédiées à l’IA et flambée des prix des autres puces, Samsung capitalise. Sur les trois premiers mois de l’année, le groupe a réalisé un chiffre d’affaires de 134 billions de wons (77 milliards d’euros), pour un résultat opérationnel de 57 billions (44 milliards d’euros), pulvérisant les records établis fin 2025. La progression est particulièrement spectaculaire dans les mémoires. En un an, les ventes ont été multipliées par quatre, permettant à la branche semi-conducteurs de dégager 54 billions de wons de profits, contre à peine un billion début 2025.

Pour aller plus loin:
– Victimes collatérales de l’IA, les ventes de smartphones replongent
– L’innovation de Google qui affole (à tort ?) le marché des puces mémoire


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