Par , publié le 19 mai 2026

En octobre, Cerebras avait dû renoncer à son projet d’introduction en Bourse, faute d’avoir dissipé les doutes sur sa solidité financière. À peine sept mois plus tard, le spécialiste américain des puces dédiées à l’intelligence artificielle a pourtant fait des débuts fracassants à Wall Street, symbole du regain d’enthousiasme des investisseurs – en particulier pour l’IA agentique, dont le déploiement s’accélère dans les entreprises. Jeudi, pour sa première séance de cotation, son action a bondi de 68%, propulsant sa capitalisation boursière à plus de 80 milliards de dollars.

Le contraste est saisissant. À l’automne dernier, après l’échec de sa première tentative, Cerebras avait dû se contenter d’une levée de fonds qui la valorisait à 8 milliards de dollars. Depuis, l’entreprise a signé des contrats avec OpenAI et Amazon Web Services, la plateforme de cloud du géant du commerce en ligne. Surtout, le contexte boursier est bien plus favorable, dans le sillage des gains commerciaux spectaculaires d’Anthropic et, dans une moindre mesure, d’OpenAI. Devant la forte demande des investisseurs, Cerebras avait relevé à plusieurs reprises son prix d’introduction.

15 fois plus rapides

Fondée en 2015, Cerebras a fait un pari à contre-courant du secteur: utiliser une galette de silicium entière plutôt que de la découper. Résultat: une puce géante, de la taille d’une assiette, près de 60 fois plus grande que les cartes graphiques (GPU) traditionnelles utilisées pour entraîner et faire tourner les modèles d’IA. Elle intègre 4.000 milliards de transistors, 19 fois plus que la dernière génération de GPU Blackwell de Nvidia et 12 fois plus que les futurs modèles Rubin, dont le lancement est attendu au second semestre. “Plus c’est gros, mieux c’est”, résument ses fondateurs.

Selon Cerebras, cette architecture de très grande taille permet de résoudre l’un des principaux goulots d’étranglement de l’IA générative. En raison de l’importante puissance de calcul nécessaire, une seule charge de travail peut mobiliser des dizaines, voire des milliers de GPU, qui doivent alors communiquer entre eux en permanence. “Le pire ennemi de la vitesse, c’est la latence de communication, poursuivent les fondateurs de l’entreprise. Or, la communication est des milliers de fois plus rapide à l’intérieur d’une puce qu’entre plusieurs puces”.

Contrat avec OpenAI

Cerebras revendique ainsi de meilleures performances sur l’inférence, le processus de génération de textes ou d’images, avec une vitesse d’exécution jusqu’à 15 fois plus rapide que les GPU Blackwell. Ce marché est promis à une forte croissance, porté par le déploiement rapide des outils de génération de code et l’essor attendu de l’IA agentique. Mais la concurrence s’organise. En mars, Nvidia a dévoilé sa première puce pensée pour cet usage, dans le sillage de l’acquisition déguisée de Groq, ancien rival de Cerebras. Google a suivi en avril. Et les fabricants de processeurs sont aussi sur les rangs.

Pour capitaliser davantage sur cette dynamique, Cerebras ne se contente plus de vendre des puces. La société propose également sa propre plateforme de cloud, destinée à l’inférence comme à l’entraînement des modèles. Elle entre ainsi en concurrence avec les géants du secteur (Amazon, Microsoft et Google), mais aussi avec de nouveaux acteurs, les néo-clouds. OpenAI constitue le premier client d’envergure de cette offre. Le concepteur de ChatGPT prévoit de louer progressivement jusqu’à 750 MW de puissance de calcul d’ici à 2028, avec la possibilité de monter jusqu’à 2 GW d’ici à 2030.

Seulement trois clients majeurs

Ce contrat revêt une double importance pour Cerebras. D’une part, il lui assure des recettes significatives, supérieures à 20 milliards de dollars, devant démultiplier sa croissance – à titre de comparaison, son chiffre d’affaires n’a atteint que 510 millions de dollars en 2025. D’autre part, il envoie un signal fort à l’ensemble de l’écosystème sur la pertinence de son choix technologique. L’entreprise espère ainsi capitaliser sur ce gain en crédibilité grâce au partenariat signé avec AWS, qui permettra aux clients de la plateforme d’exécuter des modèles open source sur ses puces.

La capitalisation boursière de Cerebras apparaît cependant très élevée, d’autant que ses marges brutes restent négatives. L’an passé, elle a enregistré une perte opérationnelle de 146 millions de dollars. Par ailleurs, son activité demeure concentrée sur seulement trois clients. Le fonds émirati G42 et l’université émiratie MBZUAI ont représenté plus de 80% du chiffre d’affaires ces deux dernières années. OpenAI devrait désormais représenter l’essentiel des revenus. Mais l’entreprise dirigée par Sam Altman dispose du droit d’annuler tout ou partie de son contrat avec Cerebras.

Pour aller plus loin:
– Nvidia opère un virage stratégique avec sa première puce dédiée à l’inférence
– Ces start-up qui rêvent de rivaliser avec Nvidia dans l’IA


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