Conforté cette semaine par une victoire judiciaire face à Elon Musk, Sam Altman accélère désormais le projet d’introduction en Bourse d’OpenAI. Selon plusieurs médias américains, le créateur de ChatGPT devrait lancer le processus ces prochaines semaines, voire dès vendredi. Une procédure menée de manière confidentielle, c’est-à-dire sans publication immédiate des données financières. L’opération serait alors sur les rails pour une cotation en septembre, permettant à l’entreprise de devancer sa grande rivale Anthropic à Wall Street.
Ce calendrier accéléré vise à capter l’appétit potentiellement immense des investisseurs pour les groupes spécialisés dans l’intelligence artificielle générative. L’introduction s’annonce d’ailleurs historique: elle sera la première pour un concepteur de modèles. OpenAI se montre très ambitieux, espérant récolter plusieurs dizaines de milliards de dollars, sur la base d’une capitalisation supérieure à 1.000 milliards. Plusieurs éléments pourraient toutefois contrarier ces plans, en particulier des pertes abyssales et la concurrence croissante d’Anthropic.
Calendrier contesté en interne
Pour s’ouvrir les portes de Wall Street, OpenAI a franchi deux étapes décisives. Fin 2025, la société est finalement parvenue à un accord avec Microsoft pour réviser les termes du pacte conclu en 2018, condition indispensable pour modifier sa structure juridique. Sans cette évolution, l’essentiel des profits aurait continué à revenir au groupe de Redmond puis à la fondation à but non lucratif. Lundi, elle a par ailleurs remporté son bras de fer judiciaire contre Elon Musk, qui contestait cette transformation mais qui a été débouté pour cause de prescription.
En interne, l’empressement de Sam Altman ne faisait pas l’unanimité. Sarah Friar, la directrice financière souhaitait reporter l’opération à l’an prochain, estimant que l’entreprise n’était pas prête, alors que plusieurs objectifs fixés pour le début d’année n’auraient pas été atteints. Selon le Wall Street Journal, la dirigeante s’inquiète notamment du ralentissement de la croissance du chiffre d’affaires, jugée insuffisante pour pour financer les 1.400 milliards de dollars qu’OpenAI s’est engagé à dépenser pour accroître sa puissance de calcul au cours des huit prochaines années.
Position de leader fragilisée
Fondé en 2015 comme laboratoire de recherche à but non lucratif, OpenAI a déclenché une rupture technologique majeure avec le lancement de ChatGPT fin 2022. Pendant près de trois ans, la société a largement dominé le marché de l’IA générative. Mais son avance technologique et son statut de leader du marché se sont nettement fissurés ces derniers mois. L’été dernier, la cinquième génération de son grand modèle de langage GPT avait notamment suscité un accueil peu enthousiaste, avant d’être rapidement éclipsée par les progrès de Gemini, le modèle concurrent conçu par Google.
Dans le même temps, OpenAI fait face à la montée en puissance spectaculaire d’Anthropic, plébiscitée par les entreprises, en particulier pour ses outils de programmation Claude Code et d’automatisation Cowork. Sa croissance est fulgurante, au point de dépasser sa rivale en termes de chiffre d’affaires. Bousculé, la société a délaissé les ambitions sans limites de Sam Altman, abandonnant certains projets périphériques, comme l’application vidéo Sora, pour se recentrer sur les modèles de programmation et l’IA agentique, nouveaux champs de bataille des grands acteurs du secteur.
Pas rentable avant 2030
Pour redynamiser la croissance de ses revenus, OpenAI mise également sur une distribution plus large de ses modèles. Début mai, un compromis a été trouvé avec Microsoft pour mettre fin à des clauses d’exclusivité devenues au fil du temps un frein à son développement commercial. Depuis, ses modèles sont désormais accessibles depuis le cloud d’Amazon, à l’instar de ceux d’Anthropic. Des négociations sont également en cours avec Google. Parallèlement, l’entreprise cherche à décupler la monétisation de son audience gratuite, grâce à l’arrivée de publicités sur ChatGPT.
Selon The Information, OpenAI a récemment relevé ses prévisions de chiffre d’affaires. De 13,1 milliards de dollars l’an passé, celui-ci devrait atteindre 30 milliards cette année, avant de grimper à 62 milliards l’an prochain. En 2030, il est attendu à 284 milliards. Les coûts vont eux aussi fortement augmenter. L’entreprise prévoit de dépenser 600 milliards pour l’entraînement et l’inférence d’ici la fin de la décennie. Sur la même période, elle s’attend à brûler jusqu’à 225 milliards de trésorerie, deux fois plus que prévu auparavant. La rentabilité, elle, reste espérée en 2030.
Pour aller plus loin:
– Les ambitieux (et irréalistes ?) objectifs d’OpenAI dans la publicité
– Pourquoi OpenAI abandonne déjà Sora, son application vidéo

