Par , publié le 21 mai 2026

Ce devrait être la plus importante introduction en Bourse de l’histoire. Mercredi soir, SpaceX a officialisé sa prochaine arrivée à Wall Street, probablement le 12 juin. L’opération pourrait lui permettre de récolter 75 milliards de dollars, destinés notamment à financer le déploiement de data centers dans l’espace pour y entraîner et faire tourner des modèles d’intelligence artificielle générative. Ce montant représenterait de très loin un record, tout comme la capitalisation boursière espérée de plus de 2.000 milliards.

Sur le papier pourtant, les performances financières de la société spatiale dirigée par Elon Musk ne justifient pas de tels niveaux. L’an passé, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 18,7 milliards de dollars, provenant majoritairement de sa constellation de satellites Starlink, qui fournit un accès haut débit à Internet. Surtout, elle a accusé une perte de 4,9 milliards, pénalisée par le déficit accusé par les activités liées à l’intelligence artificielle générative de xAI, désormais intégrée à SpaceX. Ses pertes devraient encore s’aggraver: elles ont déjà atteint 4,2 milliards de dollars au premier trimestre.

Data centers “catapultés” depuis la Lune

Après avoir révolutionné le marché des lanceurs, notamment grâce à ses fusées réutilisables, et créé celui de l’Internet spatial, SpaceX doit désormais servir les grandes ambitions d’Elon Musk dans l’IA, comme en témoigne le rapprochement avec xAI. Une opération destinée à doter la start-up de moyens financiers nécessaires pour rivaliser avec OpenAI, Google et Anthropic. Connue pour son chatbot Grok directement intégré à X, l’ex-Twitter, elle génère encore peu de chiffre d’affaires, tout en poursuivant un vaste programme d’investissements.

Ces nouvelles priorités se reflètent dans la feuille de route. Officialisé en février, le projet de data centers spatiaux vise à contourner les limites terrestres de la production d’électricité. “Le seul moyen de passer à l’échelle”, assure Elon Musk. Dans cette optique, SpaceX a sollicité auprès des autorités américaines l’autorisation de déployer jusqu’à un million de satellites, qui seraient à terme fabriqués puis “catapultés” depuis la Lune. Son patron souhaite aussi que l’entreprise conçoive et produise, en partenariat avec Tesla, les cartes graphiques qui seront placées en orbite.

Vendre une vision de l’avenir

En vue de son introduction en Bourse, la fusion avec xAI apparaît toutefois à double tranchant. D’un côté, elle pourrait contribuer à justifier une capitalisation record, en ajoutant une autre activité prometteuse dans le portefeuille et en suscitant l’intérêt des investisseurs désireux de miser sur l’essor de l’IA générative – d’autant plus que l’opération devrait intervenir avant les débuts boursiers d’OpenAI et d’Anthropic. De l’autre, elle risque de peser très lourd sur le bilan financier de la société, en raison des pertes considérables enregistrées par xAI.

Le défi d’Elon Musk sera avant tout de vendre aux investisseurs une vision de l’avenir, comme il l’a fait avec Tesla. À Wall Street, l’évolution de l’action du constructeur de voitures électriques n’est plus corrélée avec ses performances commerciales. Elle dépend presque uniquement de deux projets: le robot-taxi Cybercab et le robot humanoïde Optimus. De la même manière, la capitalisation espérée de SpaceX ne pourra se justifier uniquement avec le niveau du chiffre d’affaires. Elle reposera sur le potentiel de l’IA, et par extension des data centers spatiaux et de l’usine de puces.

Pour aller plus loin:
– Terafab, le projet (irréalisable ?) d’Elon Musk pour produire ses propres puces d’IA
– L’improbable fusion entre SpaceX et xAI, la start-up d’IA d’Elon Musk


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