Faut-il y voir un symbole supplémentaire du basculement à l’œuvre sur le marché de l’intelligence artificielle générative ? Après des années de pertes, Anthropic anticipe un bénéfice opérationnel de 559 millions de dollars au deuxième trimestre, le premier de son histoire, selon des documents transmis à des investisseurs dans le cadre d’une prochaine levée de fonds, qui pourrait porter sa valorisation à 900 milliards. Une projection qui contraste nettement avec la situation financière de son grand rival OpenAI, qui a accusé des lourdes pertes sur les trois premiers mois de l’année.
Parallèlement, Anthropic prévoit une hausse spectaculaire de son chiffre d’affaires à 10,9 milliards de dollars, presque deux fois plus qu’au premier trimestre. À titre de comparaison, ses revenus ont avoisiné 4,5 milliards sur l’ensemble de l’année dernière. Cette forte croissance est notamment tirée par le succès de Claude Code, son outil de génération et correction de code informatique, qui a transformé l’entreprise en véritable puissance commerciale. Elle revendique désormais un chiffre d’affaires supérieur à celui d’OpenAI. Une situation encore inimaginable il y a quelques trimestres.
Rentabilité temporaire
Deux nuances importantes doivent être apportées à ce premier bénéfice opérationnel, initialement révélé par le Wall Street Journal. D’abord, il s’agit très probablement d’un chiffre ajusté (dit non-GAAP), excluant certaines dépenses, en particulier la rémunération en actions des employés, dont le montant est élevé. Ensuite, ces profits ne devraient être que temporaires: contrainte d’augmenter significativement sa puissance de calcul pour répondre à la demande, Anthropic s’attend à repasser dans le rouge. La rentabilité sur une année complète n’est pas espérée, au mieux, avant 2028.
De fait, ces profits semblent avoir été atteints au prix de restrictions d’usage importantes sur ses modèles les plus populaires, à commencer par Claude Code, y compris pour les abonnés aux offres les plus onéreuses. Des limitations justifiées par la saturation de ses capacités de calcul, qui ont permis de contenir la hausse des coûts d’inférence. Par ailleurs, un arrangement financier avec SpaceX a également contribué à alléger la facture: dans le cadre d’un accord sur l’utilisation du supercalculateur Colossus, Anthropic bénéficie d’un tarif réduit pour les mois de mai et juin.
Trajectoire encourageante
Dès le mois de juillet, cette facture va grimper à 1,25 milliard de dollars par mois. Dans le même temps, Anthropic s’est engagée à accroître considérablement ses dépenses sur les plateformes de cloud d’Amazon et Google d’ici à la fin de l’année. Les montants exacts n’ont pas été rendus publics, mais ils devraient, compte tenu de la puissance évoquée, se chiffrer eux aussi en milliards par an. La start-up mène par ailleurs des discussions avec Microsoft. Et elle prévoit d’investir jusqu’à 50 milliards pour bâtir ses premiers data centers, dont la mise en service est attendue cette année.
Au-delà de ces profits probablement temporaires, c’est davantage la trajectoire financière d’Anthropic qui est encourageante, alors que la capacité du secteur à rentabiliser ses investissements reste encore à démontrer. L’an passé, la société avait déjà enregistré une fulgurante amélioration, quoique moins forte qu’espéré, de sa marge brute, hors coûts d’entraînement des modèles. Celle-ci est passée à 40% contre -94% en 2024. Elle continue de progresser, même si elle pourrait de nouveau se dégrader dans les prochains mois sous l’effet de la hausse des dépenses de calcul.
Pour aller plus loin:
– Pour devancer Anthropic, OpenAI précipite son introduction en Bourse
– Google veut rattraper OpenAI et Anthropic sur les outils de code

